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Emiliano Zapata (1879-1919) a été le chef de la rébellion des paysans du Sud du Mexique, qui n’ont pas accepté, en 1910, que les promesses faites au nom de la révolution par le président Madero soient trahies par ses assassins. Contrairement à son allié du Nord Pancho Villa, Zapata n’était ni un péon misérable ni un « bandit », et il aurait pu rester un petit notable de l’État rural du Moreclos. En prenant la tête du mouvement révolutionnaire dans le Sud, il proclamait un plan politique (Plan de Ayala), notamment de réforme agraire, qui reste, un siècle plus tard, exemplaire. Pendant neuf ans, il a mené la lutte révolutionnaire dans tout le Mexique. Son but – comme celui de Marcos aujourd’hui – n’a jamais été le pouvoir pour lui-même : à tel point qu’il l’a refusé après être entré victorieux à Mexico en 1914.
Le passionnant récit de John Womack, remarquablement documenté, est une lecture indispensable pour comprendre l’importance historique de Zapata, la portée de son héritage et ce qu’il représente
aujourd’hui pour les paysans et les guérilleros du Chiapas. Initialement publiée en 1976 aux Éditions François Maspero, republiée dans une nouvelle édition à la Découverte en 1997, cette
biographie reste, aujourd’hui encore, la référence incontournable sur ce héros quasi légendaire.
Voici notre parole simple qui voudrait arriver au cœur des gens comme nous, humbles et simples, mais, tout comme nous aussi, rebelles et dignes. Voici notre parole simple pour raconter le chemin que nous avons parcouru et où nous en sommes aujourd’hui ; pour expliquer comment nous voyons le monde et notre pays ; pour dire ce que nous pensons faire et comment nous pensons le faire, et pour inviter d’autres à faire le chemin avec nous dans quelque chose de très grand qui s’appelle le Mexique et dans quelque chose de plus grand encore que l’on nomme le monde. Voici notre parole simple pour faire savoir à tous les cœurs honnêtes et nobles ce que nous voulons au Mexique et dans le monde. Voici notre parole simple, parce que c’est notre volonté d’appeler ceux qui sont comme nous et de nous unir à eux, partout où ils vivent et où ils luttent.
Nous sommes les zapatistes de l’EZLN. On nous appelle aussi les "néozapatistes". Bien, alors nous, les zapatistes de l’EZLN, nous avons pris les armes en janvier 1994 parce que nous avons trouvé qu’il y en avait assez de tout ce mal que faisaient les puissants, qui ne font que nous humilier, nous voler, nous jeter en prison et nous tuer, sans que rien de ce que l’on puisse dire ne change rien. C’est pour cela que nous avons dit "¡Ya basta !" Ça suffit, maintenant ! Pour dire que nous ne permettrons plus qu’ils nous diminuent et nous traitent pire que des animaux. Et alors nous avons aussi dit que nous voulions la démocratie, la liberté et la justice pour tous les Mexicains, même si nous nous sommes surtout occupés des peuples indiens. Parce qu’il se trouve que nous autres de l’EZLN nous sommes presque tous des indigènes d’ici, du Chiapas, mais que nous ne voulons pas lutter uniquement pour notre propre bien ou uniquement pour le bien des indigènes du Chiapas ou uniquement pour les peuples indiens du Mexique : nous voulons lutter tous ensemble avec tous les gens humbles et simples comme nous et qui sont dans le besoin et subissent l’exploitation et le vol de la part des riches et de leur mauvais gouvernement, ici dans notre Mexique et dans d’autres pays du monde.
Et alors, notre petite histoire, c’est que nous en avons eu assez de l’exploitation que nous faisaient subir les puissants et que nous nous sommes organisés pour nous défendre et pour nous battre pour la justice. Au début, nous n’étions pas beaucoup, quelques-uns seulement à aller d’un côté et de l’autre, à parler et à écouter d’autres comme nous. Nous avons fait ça pendant de nombreuses années et nous l’avons fait en secret, sans faire de bruit. C’est-à-dire que nous avons rassemblé nos forces en silence. Nous avons passé dix ans comme ça et après nous avons grandi et vite nous avons été des milliers. Alors nous nous sommes bien préparés, avec la politique et avec des armes, et, soudainement, quand les riches étaient en pleine fête de nouvel an, nous sommes tombés sur leurs villes et nous avons réussi à les prendre, et nous leur avons montré bien clairement que nous étions là, qu’ils allaient devoir tenir compte de nous. Et alors les riches ont eu une grosse frayeur et ils nous ont envoyé leurs grandes armées pour en finir avec nous. Ils ont fait comme ils font toujours quand les exploités se rebellent, ils envoient quelqu’un en finir avec eux. Mais ils n’ont pas pu le faire avec nous, parce que nous nous sommes très bien préparés avant la guerre et nous nous sommes faits forts dans nos montagnes. Et leurs soldats nous cherchaient partout et nous jetaient leurs bombes et nous tiraient dessus. Et ils ont même commencé à se dire qu’il fallait tuer une fois pour toutes tous les indigènes parce qu’il n’y avait pas moyen de savoir qui était zapatiste et qui ne l’était pas. Et nous à courir et à nous battre, à combattre et à courir, comme l’avaient fait nos ancêtres avant nous. Sans nous rendre, sans nous faire céder, sans nous vaincre.
Et voilà que les gens des villes sont sortis dans les rues et ont commencé à demander en criant que la guerre s’arrête. Et alors nous avons arrêté notre guerre et nous les avons écoutés, ces frères et ces sœurs de la ville qui nous disaient d’essayer d’arriver à un arrangement, c’est-à-dire à un accord avec ceux du mauvais gouvernement pour trouver une solution sans massacre. Et alors nous avons fait ce que nous disaient les gens, parce que ces gens, c’est ce que nous appelons "le peuple", c’est-à-dire le peuple mexicain. Alors nous avons mis de côté le feu et nous avons fait parler la parole.
Et voilà que ceux du gouvernement ont dit qu’ils allaient bien se comporter et allaient dialoguer et faire des accords et les respecter. Et nous, nous avons dit que c’était bien, d’accord, mais nous avons aussi pensé que c’était bien aussi de connaître ces gens qui étaient descendus dans la rue pour arrêter la guerre. Alors, tout en dialoguant avec ceux du mauvais gouvernement, nous avons aussi parlé avec ces personnes et nous avons vu que la plupart étaient des gens humbles et simples comme nous, et que nous comprenions bien pourquoi nous luttions tous les deux, c’est-à-dire eux et nous. Alors nous avons appelé ces gens "société civile", parce que la plupart n’appartenaient pas à des partis politiques et que c’était des gens du commun, comme nous, des gens humbles et simples.
Mais ceux du mauvais gouvernement ne voulaient pas d’un bon arrangement, ce n’était qu’une de leurs feintes de dire qu’ils allaient parler et trouver un accord. Pendant ce temps-là, ils se préparaient à nous attaquer pour nous éliminer définitivement. Et alors plusieurs fois ils nous ont attaqués, mais sans arriver à nous vaincre parce que nous avons su bien résister et que beaucoup de gens dans le monde entier se sont mobilisés. Et alors ceux du mauvais gouvernement se sont dit que le problème, c’était que beaucoup de gens voyaient ce qui se passait avec l’EZLN et alors ils ont décidé de commencer à faire comme s’il ne se passait rien. Et pendant ce temps-là, ils nous encerclaient, c’est-à-dire qu’ils nous mettaient le siège, et ils ont commencé à attendre que les gens, comme nos montagnes sont isolées, oublient parce que le territoire zapatiste est loin. Et régulièrement ceux du mauvais gouvernement essayaient leurs trucs et essayaient de nous tromper ou de nous attaquer, comme en février 1995 quand une grande quantité de troupes a voulu nous repousser mais n’est pas parvenu à nous vaincre. Parce que nous n’étions pas seuls, comme ils l’ont dit après coup, et que beaucoup de gens nous ont soutenus et que nous avons bien résisté.
Alors, ceux du mauvais gouvernement ont dû passer des accords avec l’EZLN et ces accords, ce sont les "Accords de San Andrés", parce que "San Andrés" est le nom de la commune où ont été signés ces accords. Et dans ces pourparlers nous n’étions pas tout seuls à parler avec ceux du mauvais gouvernement, nous avions invité beaucoup de gens et d’organisations qui étaient ou sont engagés dans la lutte pour les peuples indiens du Mexique. Et tous avaient leur mot à dire et tous ensemble nous nous sommes mis d’accord sur ce que nous allions dire à ceux du mauvais gouvernement. C’est comme ça que s’est passé le dialogue, il n’y avait pas que les zapatistes tout seuls d’un côté et ceux du mauvais gouvernement de l’autre, avec les zapatistes il y avait les peuples indiens du Mexique et ceux qui les soutiennent. Et alors dans ces accords ceux du mauvais gouvernement ont dit qu’ils allaient reconnaître les droits des peuples indiens du Mexique et respecter leur culture, et qu’ils allaient le mettre dans une loi dans la Constitution. Mais après avoir signé, ceux du mauvais gouvernement ont fait comme s’ils avaient oublié et beaucoup d’années ont passé et les accords ne sont toujours pas respectés. Au contraire, le gouvernement a attaqué les indigènes pour leur faire abandonner la lutte, comme le 22 décembre 1997. Ce jour-là, Zedillo a fait tuer 45 hommes, femmes, anciens et enfants, dans le hameau du Chiapas qui s’appelle ACTEAL. Un tel crime ne s’oublie pas facilement, mais c’est aussi une preuve de comment ceux du mauvais gouvernement n’hésitent pas un instant à attaquer et à assassiner ceux qui se rebellent contre l’injustice. Et pendant tout ce temps-là, les zapatistes s’obstinaient par tous les moyens à faire respecter les accords et à résister dans les montagnes du Sud-Est mexicain. Et alors nous avons commencé à parler avec d’autres peuples indiens du Mexique et avec les organisations qu’ils avaient et nous avons passé un accord avec eux pour lutter tous ensemble pour la même chose, pour la reconnaissance des droits et de la culture indigènes. Et là aussi, beaucoup de gens du monde entier nous ont soutenus, et des personnes très respectées dont la parole est très grande parce que ce sont de grands intellectuels, de grands artistes et de grands scientifiques du Mexique et du monde entier. Nous avons aussi fait des rencontres internationales, c’est-à-dire que nous nous sommes réunis pour discuter avec des gens venus d’Amérique, d’Asie, d’Europe, d’Afrique et d’Océanie, et que nous avons pu connaître leurs luttes et leur façon de faire, et nous les avons appelées des rencontres "intergalactiques" pour rigoler mais aussi parce que nous avions invité les gens des autres planètes, mais on dirait qu’ils ne sont pas venus ou alors qu’ils sont venus mais qu’ils ne l’ont pas montré.
Mais rien à faire, ceux du mauvais gouvernement ne respectaient pas les accords, alors nous avons décidé de parler avec beaucoup de Mexicains pour avoir leur soutien. Alors d’abord, en 1997, nous avons organisé une marche jusqu’à Mexico qui s’est appelée la "Marche des 1 111", parce qu’il y avait un compañero et une compañera pour chaque village zapatiste, mais le gouvernement n’a pas réagi. Après, en 1999, nous avons organisé dans tout le pays une consultation et on a pu voir que la majorité était d’accord avec les exigences des peuples indiens, mais ceux du mauvais gouvernement n’ont pas non plus réagi. Et en dernier, en 2001, nous avons organisé ce qui s’est appelé la "Marche pour la dignité indigène" qui a reçu le soutien de millions de Mexicains et de gens d’autres pays et qui est même arrivée là où sont les députés et les sénateurs, c’est-à-dire au Congrès de l’Union, pour exiger la reconnaissance des indigènes mexicains.
Mais pas moyen, les hommes politiques du parti du PRI, du parti du PAN et du parti du PRD se sont mis d’accord entre eux pour ne pas reconnaître les droits et la culture indigènes. Ça s’est passé en avril 2001 et à cette occasion les hommes politiques ont montré clairement qu’ils n’ont pas un gramme de décence et que ce sont des crapules qui ne pensent qu’à gagner de l’argent malhonnête, en mauvais gouvernants qu’ils sont. Il ne faudra surtout pas l’oublier, parce que vous verrez qu’ils seront capables de dire qu’ils vont reconnaître les droits indigènes, mais ce n’est qu’un mensonge qu’ils emploieront pour que l’on vote pour eux, parce qu’ils ont déjà eu leur chance et qu’ils n’ont pas tenu parole.
Alors, à ce moment-là, nous avons compris que le dialogue et la négociation avec ceux du mauvais gouvernement du Mexique n’avaient servi à rien. C’est-à-dire que ce n’est pas la peine de discuter avec les hommes politiques, parce que ni leur cœur ni leurs paroles ne sont droits, ils sont tordus et ils ne font que mentir en disant qu’ils vont respecter des accords. Et ce jour-là, quand les hommes politiques du PRI, du PAN et du PRD ont approuvé une loi qui ne vaut rien, ils ont tué et enterré le dialogue et ils ont montré clairement que ça ne leur fait rien de faire des accords et de signer, parce qu’ils n’ont pas de parole. Alors nous n’avons plus cherché à avoir de contact avec les pouvoirs fédéraux parce que nous avons compris que le dialogue et la négociation avaient échoué à cause de ces partis politiques. Nous avons compris que pour eux, le sang, la mort, la souffrance, les mobilisations, les consultations, les efforts, les déclarations nationales et internationales, les rencontres, les accords, les signatures, les engagements, rien ne compte. La classe politique n’a donc pas seulement claqué la porte, une fois de plus, aux nez des peuples indiens, elle a aussi frappé un coup mortel à une solution pacifique, dialoguée et négociée à la guerre. Et il ne faut pas croire qu’elle respectera les accords qu’elle passera avec qui que ce soit d’autre. Il suffit de voir ce qui nous est arrivé pour comprendre la leçon.
Alors, après avoir vu tout ça se passer, nous nous sommes mis à penser avec notre cœur à ce que nous allions pouvoir faire. Et la première chose que nous avons vue, c’est que notre cœur n’est plus le même qu’avant, quand nous avons commencé notre lutte, mais qu’il est plus grand parce que nous avons pénétré dans le cœur de beaucoup de gens bons. Et nous avons aussi vu que notre cœur est un peu plus meurtri, un peu plus blessé qu’avant. Ce n’est pas à cause de la tromperie de ceux du mauvais gouvernement, c’est parce que quand nous avons touché le cœur de ces autres gens, nous avons aussi touché leur douleur. Comme si nous nous étions regardés dans un miroir.
Alors, en zapatistes que nous sommes, nous avons pensé qu’il ne suffisait pas de cesser de dialoguer avec le gouvernement, mais qu’il fallait poursuivre notre lutte malgré ces parasites jean-foutre que sont les hommes politiques. L’EZLN a donc décidé d’appliquer, tout seul et de son côté ("unilatéralement" quoi, comme on dit, parce que c’est seulement d’un côté), les Accords de San Andrés en ce qui concerne les droits et la culture indigènes. Pendant quatre ans, de la mi-2001 à la mi-2005, nous nous sommes consacrés à ça, et à d’autres choses que nous vous raconterons aussi.
Bien. Alors, allons-y d’abord avec les communes autonomes rebelles zapatistes, la forme d’organisation que les communautés ont choisie pour gouverner et se gouverner, pour être plus fortes. Cette forme de gouvernement autonome n’a pas été miraculeusement inventée par l’EZLN, elle vient de plusieurs siècles de résistance indigène et de l’expérience zapatiste et c’est un peu l’auto-organisation des communautés. C’est-à-dire que ce n’est pas comme si quelqu’un de l’extérieur venait gouverner, ce sont les villages eux-mêmes qui décident, parmi eux, qui gouverne et comment, et ceux qui n’obéissent pas sont renvoyés. Si la personne qui commande n’obéit pas à la communauté, on la blâme, elle perd son mandat d’autorité et une autre prend sa place.
Mais nous nous sommes rendu compte que les communes autonomes n’étaient pas toutes sur le même plan. Il y en avait qui allaient plus loin et bénéficiaient de plus de soutien de la société civile, et d’autres qui étaient plus délaissées. Il fallait donc encore s’organiser pour qu’il y ait plus d’égalité. Et nous avons aussi pu constater que l’EZLN, avec son côté politico-militaire, intervenait dans les décisions qui revenaient aux autorités démocratiques "civiles", comme on dit. Le problème était que la partie politico-militaire de l’EZLN n’est pas démocratique, parce que c’est une armée, et nous avons trouvé que ce n’était pas correct que le militaire soit en haut et le démocratique en bas, parce qu’il ne faut pas que ce qui est démocratique se décide militairement, sinon le contraire : c’est-à-dire en haut le politico-démocratique qui commande et en bas le militaire qui obéit. Et peut-être même que c’est encore mieux rien en haut et tout bien plat, sans militaire, et c’est pour ça que les zapatistes s’étaient faits soldats, pour qu’il n’y ait pas de soldats. Alors, pour essayer de résoudre ce problème, nous avons commencé à séparer ce qui est politico-militaire de ce qui concerne les formes d’organisation autonomes et démocratiques des communautés zapatistes. Comme ça, les actions et les décisions qu’effectuait et prenait avant l’EZLN ont été passées petit à petit aux autorités démocratiquement élues dans les villages. Ça a l’air tout simple quand on le dit mais, dans la pratique, c’est beaucoup plus difficile. Parce que, pendant des années, nous nous sommes préparés à faire la guerre et puis, après, il y a eu la guerre elle-même, et on finit par s’habituer à l’organisation politico-militaire. Mais même si ça a été difficile, c’est ce que nous avons fait, parce que ce que nous disons nous le faisons. Sinon, à quoi servirait de dire quelque chose, si après on ne le fait pas.
C’est comme ça que nous avons créé les conseils de bon gouvernement, en août 2003, et avec eux nous avons continué notre propre apprentissage et appris à exercer le "commander en obéissant".
Depuis, et jusqu’à la mi-2005, la direction de l’EZLN n’est plus intervenue avec ses ordres dans les affaires des civils, mais elle a accompagné et appuyé les autorités démocratiquement élues par les communautés, sans oublier de vérifier que l’on informe correctement la société civile mexicaine et internationale des aides reçues et de ce à quoi elles ont servi. Et maintenant, nous passons le travail de vigilance du bon gouvernement aux bases de soutien zapatistes, avec des mandats temporaires et rotatifs, pour que tous et toutes apprennent et puissent effectuer ce travail. Parce que, nous autres, nous pensons qu’un peuple qui ne contrôle pas ses dirigeants est condamné à être leur esclave et que nous luttons pour être libres, par pour changer de maître tous les six ans.
Pendant les quatre dernières années, l’EZLN a aussi passé aux conseils de bon gouvernement et aux communes rebelles autonomes les aides et les contacts au Mexique et dans le monde entier que nous avons obtenus tout au long des années de guerre et de résistance. Mais, en même temps, l’EZLN a aussi mis en place un réseau d’aide économique et politique qui permette aux communautés zapatistes d’avancer avec moins de difficultés dans la construction de leur autonomie et d’améliorer leurs conditions de vie. Ce n’est pas encore assez, mais c’est beaucoup plus que ce qu’il y avait avant notre soulèvement, en janvier 1994. Si vous prenez une de ces études que font les gouvernements, vous verrez que les seules communautés indigènes qui ont amélioré leurs conditions de vie, c’est-à-dire la santé, l’éducation, l’alimentation, le logement, ce sont celles qui sont en "territoire zapatiste", comme nous disons pour parler de là où sont nos villages. Tout ça a été possible grâce aux progrès effectués dans les communautés zapatistes et grâce au très grand soutien que nous avons reçu de personnes bonnes et nobles, "les sociétés civiles", comme nous les appelons, et de leurs organisations, du monde entier. C’est comme si toutes ces personnes avaient fait du "Un autre monde est possible" une réalité, mais dans les faits, pas dans des discours.
Et alors les communautés ont beaucoup avancé. Maintenant, il y a toujours plus de compañeros, hommes et femmes, qui apprennent à être gouvernement. Et, même si c’est petit à petit, il y a de plus en plus de femmes qui ont ces responsabilités. Mais on manque encore beaucoup de respect envers ces compañeras et il faut qu’elles participent plus aux responsabilités de la lutte. Et puis, avec les conseils de bon gouvernement, la coordination entre les communes autonomes s’est aussi beaucoup améliorée, et aussi la résolution de problèmes avec d’autres organisations et avec les autorités "officielles". Et puis les projets dans les communautés aussi se sont beaucoup améliorés, et la répartition des projets et des aides de la société civile du monde entier : la santé et l’éducation ont été beaucoup améliorées, même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire avant d’arriver à ce qu’il devrait y avoir ; pareil avec le logement et l’alimentation, et dans certaines zones le problème de la terre va beaucoup mieux parce qu’on a réparti les terres récupérées aux grands propriétaires, mais il y a des zones où on manque terriblement de terres à cultiver. Et puis le soutien de la société civile mexicaine et internationale s’est beaucoup amélioré, parce que, avant, les gens allaient là où ça leur plaisait le plus, mais maintenant les conseils de bon gouvernement les orientent vers les endroits où il y en a le plus besoin. Pour les mêmes raisons, partout il y a toujours plus de compañeros, hommes et femmes, qui apprennent à entrer en contact avec des personnes venues d’ailleurs au Mexique et dans le monde. Ils apprennent à respecter et à exiger le respect, ils apprennent qu’il y a de nombreux mondes et que tous ont leur place, leur temps et leur façon de faire, et qu’il faut tous et toutes se respecter mutuellement.
Alors nous, les zapatistes de l’EZLN, nous avons consacré tout ce temps à notre force principale : aux communautés qui nous appuient. Et il faut dire que la situation s’est bien améliorée un peu, comme quoi on ne peut pas dire que l’organisation et la lutte zapatiste n’ont servi à rien mais plutôt que, même si on en finit avec nous, notre lutte aura bel et bien servi à quelque chose.
Mais il n’y a pas que les communautés zapatistes qui ont progressé. L’EZLN aussi. Parce que ce qui s’est passé pendant tout ce temps, c’est que de nouvelles générations ont renouvelé toute notre organisation. Un peu comme si elles lui avaient redonné des forces. Les commandants et les commandantes, qui étaient déjà majeurs au début de notre soulèvement, en 1994, possèdent maintenant la sagesse de ce qu’ils ont appris dans une guerre et dans un dialogue de douze ans avec des milliers de femmes et d’hommes du monde entier. Les membres du CCRI, la direction politico-organisationnelle zapatiste, conseillent et orientent les nouvelles personnes qui entrent dans notre lutte et celles qui vont occuper des postes de dirigeant. Il y a déjà longtemps que "les comités" (comme nous appelons ceux du CCRI) préparent toute une nouvelle génération de commandants et de commandantes pour qu’ils apprennent les tâches de direction et d’organisation et commencent, après une période d’instruction et d’essai, à les assumer. Et il se trouve aussi que nos insurgés et insurgées, nos miliciens et miliciennes, nos responsables locaux et régionaux et nos bases de soutien, qui étaient jeunes quand nous avons pris les armes, sont devenus des femmes et des hommes, des combattants vétérans et des leaders naturels dans leurs unités et dans leurs communautés. Et ceux qui n’étaient que des enfants ce fameux 1er janvier 1994 sont maintenant des jeunes qui ont grandi dans la résistance et qui ont été formés dans la digne rébellion menée par leurs aînés au long de ces douze années de guerre. Ces jeunes ont une formation politique, technique et culturelle que n’avaient pas ceux et celles qui ont commencé le mouvement zapatiste. Ces jeunes viennent grossir aujourd’hui, et toujours plus, aussi bien nos troupes que les postes de direction de notre organisation. Et puis, finalement, nous avons tous pu assister aux tromperies de la classe politique mexicaine et aux ravages destructeurs qu’ils ont perpétrés dans notre patrie. Et nous avons vu les grandes injustices et les massacres que produit la mondialisation néolibérale dans le monde entier. Mais nous parlerons de cela plus tard.
L’EZLN a donc résisté de cette manière à douze ans de guerre et d’attaques militaires, politiques, idéologiques et économiques, à douze ans de siège, de harcèlement et de persécutions, et ils n’ont pas pu nous vaincre, nous ne nous sommes pas rendus ou vendus et nous avons avancé. Des compañeros d’autres lieux sont entrés dans notre lutte et, au lieu de nous affaiblir au long de tant d’années, nous sommes devenus plus forts. Bien sûr, il y a des problèmes qui peuvent se résoudre simplement en séparant plus le politico-militaire du civil-démocratique. Mais il y a certaines choses plus importantes, comme le sont les exigences pour lesquelles nous luttons, qui n’ont pas encore été entièrement satisfaites.
C’est notre pensée et ce que nous éprouvons dans notre cœur qui nous font dire que nous en sommes arrivés à un seuil limite et qu’il se peut même que nous perdions tout ce que nous avons, si nous en restons là et si nous ne faisons rien pour avancer encore. Alors, l’heure est venue de prendre à nouveau des risques et de faire un pas dangereux mais qui en vaut la peine. Et peut-être qu’unis à d’autres secteurs sociaux qui ont les mêmes manques que nous il deviendra possible d’obtenir ce dont nous avons besoin et que nous méritons d’avoir. Un nouveau pas en avant dans la lutte indigène n’est possible que si les indigènes s’unissent aux ouvriers, aux paysans, aux étudiants, aux professeurs, aux employés, c’est-à-dire aux travailleurs des villes et des campagnes.
Nous allons vous expliquer maintenant comment nous voyons ce qui se passe dans le monde, nous autres, les zapatistes. D’abord, nous voyons que c’est le capitalisme qui est le plus fort aujourd’hui. Le capitalisme est un système social, autrement dit la façon dont sont organisées les choses et les personnes, et qui possède et qui ne possède pas, qui commande et qui obéit. Dans le capitalisme, il y a des gens qui ont de l’argent, autrement dit du capital, et des usines et des magasins et des champs et plein de choses, et il y en a d’autres qui n’ont rien à part leur force et leur savoir pour travailler ; et dans le capitalisme commandent ceux qui ont l’argent et les choses, tandis qu’obéissent ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail.
Alors, le capitalisme ça veut dire qu’il y a un groupe réduit de personnes qui possèdent de grandes richesses. Et pas parce qu’ils auraient gagné un prix ou qu’ils auraient trouvé un trésor ou qu’ils auraient hérité de leur famille, mais parce qu’ils obtiennent ces richesses en exploitant le travail de beaucoup d’autres. Autrement dit, le capitalisme repose sur l’exploitation des travailleurs, un peu comme s’il les pressait comme des citrons pour en tirer tous les profits possibles. Tout ça se fait avec beaucoup d’injustice parce qu’on ne paye pas aux travailleurs correctement leur travail, sinon qu’on leur donne juste un salaire suffisant pour qu’ils puissent manger et se reposer un peu et que le jour suivant ils retournent au presse-citron, à la campagne comme en ville.
Mais le capitalisme fabrique aussi sa richesse en spoliant, autrement dit par le vol, parce qu’il enlève à d’autres ce qu’il convoite, comme des terres et des richesses naturelles, par exemple. C’est-à-dire que le capitalisme est un système où les voleurs sont libres et admirés et donnés en exemple.
Et en plus d’exploiter et de spolier, le capitalisme réprime, parce qu’il jette en prison et tue ceux qui se rebellent contre l’injustice.
Ce qui intéresse le plus le capitalisme, ce sont les marchandises, parce que, quand on les achète et on les vend, elles donnent du profit. Alors, le capitalisme transforme tout en marchandise : il transforme en marchandise les personnes, la nature, la culture, l’histoire, la conscience, tout. Pour le capitalisme, tout doit pouvoir s’acheter et se vendre. Et il dissimule tout derrière la marchandise pour qu’on ne voie pas l’exploitation qui l’a rendu possible. Et alors les marchandises s’achètent et se vendent dans un marché, et il se trouve que ce marché ne sert pas seulement pour acheter et pour vendre, mais aussi pour dissimuler l’exploitation des travailleurs. Par exemple, sur le marché, on voit le café déjà joliment empaqueté dans sa boîte ou dans son paquet, mais on ne voit pas le paysan qui a souffert pour récolter ce café et on ne voit pas non plus le coyote qui lui a payé à un prix ridicule son travail et on ne voit pas non plus les travailleurs dans les grands ateliers qui passent leur vie à empaqueter ce café. Ou alors on voit un appareil pour écouter de la musique, de la cumbia, des rancheras ou des corridos ou ce qu’on veut, et on trouve que c’est un très bon appareil parce que le son est très bon, mais on ne voit pas l’ouvrière de l’atelier qui a passé un nombre incroyable d’heures à fixer des câbles et à monter cet appareil et qui a touché un salaire de misère pour le faire, on ne voit pas qu’elle vit loin de son travail et tout ce qu’elle doit dépenser pour le transport, sans compter qu’elle risque en plus de se faire enlever, d’être violée ou assassinée, comme ça arrive à Ciudad Juárez, au Mexique.
Autrement dit, sur le marché on voit des marchandises, mais on ne voit pas l’exploitation avec laquelle elles ont été faites. Et alors le capitalisme a besoin de beaucoup de marchés... Ou d’un marché très grand, un marché mondial.
Et alors il se trouve que le capitalisme d’aujourd’hui n’est plus le même qu’avant, où les riches se contentaient d’exploiter les travailleurs chacun dans leurs pays, mais qu’il en est maintenant à un stade qui s’appelle "globalisation néolibérale". La globalisation en question, ça veut dire que maintenant les capitalistes ne dominent plus seulement les travailleurs dans un pays ou dans plusieurs pays, mais qu’ils essayent de dominer tout dans le monde entier. Et alors le monde, la planète Terre autrement dit, on dit aussi que c’est le "globe terrestre", c’est pour ça qu’on dit "globalisation", la mondialisation, autrement dit le monde entier.
Et le néolibéralisme, eh bien, c’est l’idée selon laquelle le capitalisme est libre de dominer le monde entier et qu’il n’y a rien à dire et qu’on n’a plus qu’à se résigner et à l’admettre et à la fermer, autrement dit à ne pas se rebeller. Alors, le néolibéralisme c’est comme la théorie, le plan, de la mondialisation capitaliste. Et le néolibéralisme a des plans économiques, politiques, militaires et culturels. Dans tous ces plans, il ne s’agit de rien d’autre que de dominer le monde entier. Et ceux qui n’obéissent pas, on les réprime ou on les isole pour les empêcher de donner leurs idées de rébellion aux autres.
Alors, dans la mondialisation néolibérale, les grands capitalistes qui vivent dans des pays puissants, comme les États-Unis, par exemple, veulent que le monde entier devienne une énorme usine où produire des marchandises et une sorte d’énorme marché. Un marché mondial, un marché pour acheter et vendre tout ce qu’il y a dans le monde et pour dissimuler toute l’exploitation du monde entier. Alors les capitalistes mondialisés s’installent partout, autrement dit dans tous les pays, pour faire leurs grands négoces, c’est-à-dire leur grande exploitation. Et alors ils ne respectent rien et s’installent comme ils veulent. C’est comme qui dirait une conquête des autres pays. C’est pour ça que nous, les zapatistes, nous disons que la mondialisation néolibérale est une guerre de conquête du monde entier, une guerre mondiale, une guerre entreprise par le capitalisme pour dominer mondialement. Et alors cette conquête se fait parfois avec des armées qui envahissent un pays par la force et qui s’en emparent. Mais parfois cette conquête se fait avec l’économie, c’est-à-dire que les capitalistes mettent leur argent dans un autre pays ou bien lui prêtent de l’argent à condition qu’il fasse tout ce qu’ils lui disent de faire. Ils s’installent même dans d’autres pays avec les idées : autrement dit, la culture capitaliste, c’est la culture de la marchandise, du profit, du marché.
Alors celui qui fait cette conquête, le capitalisme, fait bien comme il veut, c’est-à-dire qu’il détruit ce qui ne lui plaît pas et élimine ce qui le gêne. Par exemple, ceux qui ne produisent ni n’achètent ni ne vendent des marchandises le gênent. Ou ceux qui se rebellent contre cet ordre mondial. Et ceux qui ne servent pas, il les méprise. C’est pour ça que les indigènes constituent un obstacle à la mondialisation néolibérale et c’est pour ça qu’on les méprise et qu’on veut les éliminer. Le capitalisme néolibéral enlève aussi les lois qui l’empêchent d’exploiter tranquillement et de faire beaucoup de profits. Par exemple, il impose que tout puisse s’acheter et se vendre, mais comme c’est le capitalisme qui a l’argent, il achète tout.
Alors, le capitalisme détruit les pays qu’il envahit avec la mondialisation néolibérale, mais il veut aussi arranger tout ou tout refaire à sa manière, autrement dit d’une manière qui lui convienne et sans être gêné par rien ni personne. Alors la mondialisation néolibérale, capitaliste détruit donc ce qu’il y a dans ces pays : elle détruit leur culture, leur système économique et leur système politique, et elle détruit même le type de rapports que les gens qui vivent dans ce pays ont entre eux. Autrement dit, tout ce qui fait d’un pays un pays est ravagé.
Alors, la mondialisation néolibérale veut détruire les nations du monde et veut qu’il n’y ait plus qu’une seule nation ou pays : le pays de l’argent, le pays du capital. Le capitalisme cherche donc à faire que tout soit comme lui veut que ce soit. Et tout ce qui est différent, ça ne lui plaît pas et il le persécute, il l’attaque, il l’isole dans un coin et fait comme si ça n’existait pas.
Alors, comme qui dirait en résumé, le capitalisme de la mondialisation néolibérale se fonde sur l’exploitation, sur la dépossession, sur le mépris et sur la répression de ceux qui ne se laissent pas faire. Autrement dit, pareil qu’avant mais maintenant globalement, mondialement.
Mais tout ne marche pas comme sur des roulettes dans la mondialisation néolibérale, parce que les exploités de chacun des pays ne veulent pas l’accepter et qu’ils ne se résignent pas à courber l’échine, mais se rebellent, et que ceux qui sont de trop et gênent résistent et ne se laissent pas éliminer. Et alors nous voyons que dans le monde entier ceux qui sont dans un sale pétrin opposent une résistance pour ne pas se laisser faire ; autrement dit, ils se rebellent, et pas seulement dans un pays mais dans plein d’endroits. Autrement dit, de la même façon qu’il y a une mondialisation néolibérale, il y a aussi une mondialisation de la rébellion.
Dans cette mondialisation de la rébellion, il n’y a pas que les travailleurs de la campagne et des villes, mais il y aussi d’autres gens, femmes et hommes, qui sont très souvent persécutés et méprisés parce qu’ils ne se laissent pas non plus dominer : les femmes, les jeunes, les indigènes, les homosexuels, les lesbiennes, les transsexuels, les migrants et beaucoup d’autres que nous ne verrons pas tant qu’ils n’auront pas hurlé que ça suffit qu’on les méprise et qu’ils ne se seront pas révoltés. Et alors nous les verrons, nous les entendrons et nous apprendrons à les connaître.
Et alors nous, nous voyons que tous ces groupes de gens luttent contre le néolibéralisme, autrement dit contre le plan de la mondialisation capitaliste, et qu’ils se battent pour l’humanité.
Et tout ça fait que nous éprouvons une grande inquiétude devant la stupidité des néolibéralistes qui veulent détruire l’humanité tout entière avec leurs guerres et leur exploitation, mais nous
éprouvons en même temps une grande satisfaction en voyant que partout surgissent des résistances et des rébellions ; un peu comme la nôtre qui est un peu petite mais qui est toujours là.
Et nous voyons tout cela dans le monde entier et notre cœur sait que nous ne sommes pas seuls.
Nous allons parler maintenant de comment nous voyons ce qui se passe au Mexique, notre pays à nous. Alors, ce que nous voyons, c’est que notre pays est gouverné par les néolibéralistes. Autrement dit, comme nous l’avons expliqué auparavant, les gouvernants que nous avons sont en train de détruire ce qui est notre nation, notre patrie mexicaine. Et le travail de ces gouvernants n’est pas de veiller au bien-être du peuple, non, ils ne pensent qu’au bien-être des capitalistes. Par exemple, ils font des lois comme le traité de libre-échange qui plongent dans la misère beaucoup de Mexicains, aussi bien des paysans et des petits producteurs, parce qu’ils sont "mangés" par les grandes entreprises de l’agro-industrie, que des ouvriers et des petits entrepreneurs, parce qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec les grandes entreprises multinationales, qui s’installent sans que personne ne s’y oppose - et il y en a même qui leur disent merci - et qui imposent leurs bas salaires et leurs prix élevés. Alors, certaines des bases économiques, comme on dit, de notre Mexique, comme l’agriculture et l’industrie ou le commerce national, sont sacrément détruites et il ne reste d’elles que des ruines qui vont sûrement être vendues aussi.
C’est un grand malheur pour notre patrie, parce que les campagnes ne produisent plus les aliments, mais uniquement ce que vendent les grands capitalistes, et que les bonnes terres sont volées par la ruse et avec la complicité des hommes politiques. Autrement dit, à la campagne, il se passe aujourd’hui la même chose que sous Porfirio, mais la seule différence c’est qu’au lieu d’hacendados, de grands propriétaires terriens, maintenant ce sont des entreprises étrangères qui foutent dans la merde les paysans. Et là où, avant, il y avait des crédits et des prix protégés, maintenant, il n’y a plus que des aumônes... Et parfois même pas.
Les travailleurs de la ville, eux, voient leurs usines fermer et perdent leur travail ou alors ils trouvent à leur place des maquiladoras, comme on les appelle, des usines-ateliers appartenant à l’étranger qui payent une misère pour beaucoup d’heures de travail. Et alors le prix des produits dont a besoin le peuple n’a plus aucune importance, parce que, que ce soit cher ou pas, de toute façon la paye ne suffit pas. Si avant quelqu’un travaillait dans une petite ou moyenne entreprise, c’est fini, parce qu’elle a fermé et que c’est une multinationale qui l’a achetée. Et si avant quelqu’un avait un petit commerce, lui aussi a disparu ou alors il s’est mis à travailler clandestinement pour des grandes entreprises qui l’exploitent un maximum et qui font même travailler des enfants. Et si des travailleurs étaient dans un syndicat pour revendiquer légalement leurs droits, c’est fini, le syndicat lui-même leur dit qu’il faut retrousser ses manches et accepter de baisser les salaires ou de diminuer la journée de travail ou de perdre la protection sociale parce que, sinon, l’entreprise va fermer et va partir s’installer dans un autre pays. Et après, il y aussi cette histoire du microchangarro, "les petits métiers", qui est une sorte de programme économique du gouvernement pour que tous les travailleurs de la ville se mettent à vendre du chewing-gum ou des cartes de téléphone aux coins des rues. C’est-à-dire que dans les villes aussi, c’est la ruine économique totale.
Et alors ce qui se passe, c’est que l’économie du peuple est tellement patraque, à la ville comme à la campagne, que beaucoup de Mexicains et de Mexicaines doivent abandonner leur patrie, leur terre mexicaine, pour aller chercher du travail dans un autre pays, comme les États-Unis, et que là-bas ils ne sont pas mieux traités, parce qu’on les exploite, on les persécute, on les méprise et même ils se font tuer.
Alors, avec le néolibéralisme que nous imposent ceux du mauvais gouvernement, l’économie ne s’est pas améliorée, sinon tout le contraire. Les campagnes sont très pauvres et en ville il n’y a pas de travail. Ce qui se passe, en fait, c’est que le Mexique n’est plus que le pays où naissent, durent un moment et puis après, meurent, ceux qui travaillent pour enrichir des étrangers, principalement des gringos riches. C’est pour ça que nous disons que le Mexique est dominé par les États-Unis.
Mais il n’y a pas que ça qui se passe. Le néolibéralisme a aussi transformé la classe politique mexicaine, autrement dit les hommes politiques, parce qu’il a fait d’eux des employés de grand magasin qui doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour tout vendre et vendre au rabais. Vous avez vu comment ils ont changé les lois pour supprimer l’article 27 de la Constitution pour pouvoir vendre les terres communales et celles des ejidos. C’est Salinas de Gortari qui l’a fait ; lui et sa bande prétendaient que c’était pour le bien de l’agriculture et des paysans et que, comme ça, on allait prospérer et vivre mieux. C’est ça qui s’est passé ? Mon œil ! Les campagnes mexicaines sont plus pauvres que jamais et les paysans plus dans la merde que sous Porfirio. Les mêmes avaient aussi dit qu’ils allaient privatiser, autrement dit vendre à l’étranger, les entreprises qui appartiennent à l’État pour améliorer le sort du peuple, sous prétexte qu’il fallait les moderniser et que le mieux, c’était de les vendre. Mais au lieu de s’être amélioré, le système de protection sociale qui avait été acquis de haute lutte avec la révolution de 1910 fait aujourd’hui peine à voir... Ou même honte. Les mêmes avaient aussi dit qu’il fallait ouvrir les frontières pour laisser entrer tout le capital de l’étranger, pour que les patrons mexicains retroussent leurs manches et fassent un peu mieux les choses. Mais aujourd’hui, ce qu’on voit c’est qu’il n’y a plus d’entreprises mexicaines, elles ont toutes été avalées par des étrangers, et que ce qui se vend est pire que ce qu’on fabriquait avant au Mexique.
Et maintenant les hommes politiques mexicains veulent aussi vendre la Pemex, autrement dit le pétrole des Mexicains. La seule différence, c’est qu’il y en a qui disent qu’ils vendront tout et d’autres qui disent qu’ils ne vendront qu’une partie. Et ils veulent aussi privatiser la sécurité sociale, et l’électricité, et l’eau, et les forêts, et tout, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du Mexique et que notre pays devienne une sorte de terre en friche ou un parc d’attractions réservé aux riches du monde entier, et que les Mexicains et les Mexicaines ne soient plus que leurs domestiques, dépendant de ce qu’on veut bien leur donner, vivant mal, sans racines, sans culture, autrement dit sans patrie.
Autrement dit, les néolibéralistes veulent tuer le Mexique, notre chère patrie mexicaine. Et les partis politiques officiels non seulement ne la défendent pas, mais sont les premiers à se mettre au service de l’étranger, principalement des États-Unis. Ce sont eux qui se chargent de nous tromper et de nous faire regarder ailleurs pendant qu’ils vendent tout et gardent la paye pour eux. Nous disons bien tous les partis politiques officiels qui existent aujourd’hui, pas seulement l’un d’entre eux. Essayez de trouver s’ils ont fait quelque chose de bien et vous verrez que non. Ils n’ont fait que voler et mentir. Et vous verrez qu’eux ont toujours leurs belles maisons et leurs belles voitures et tout leur luxe. Et en plus ils voudraient qu’on leur dise merci et qu’on vote encore une fois pour eux. Il faut bien dire qu’ils n’ont pas honte, comme on dit. Ils n’ont pas honte tout simplement parce qu’ils n’ont pas de patrie, ils n’ont que des comptes en banque.
Nous voyons aussi que le narcotrafic et la criminalité n’ont pas cessé d’augmenter. Parfois nous pensons que les criminels sont comme dans les chansons ou dans les films et peut-être que certains sont comme ça, mais ce ne sont pas les vrais chefs. Les vrais chefs sont bien habillés, ils ont fait des études à l’étranger, ils sont élégants et ils ne se cachent pas. Non, ils mangent dans de bons restaurants et sortent tout beaux, tout propres et bien habillés dans leurs fêtes à la une des journaux, c’est comme dirait l’autre "des gens biens" et certains sont même au gouvernement ou sont députés, sénateurs, ministres, chefs d’entreprise prospères, chefs de la police ou généraux de l’armée.
Nous disons que la politique ne sert à rien ? Non, ce que nous voulons dire, c’est que CETTE politique-là ne vaut rien. Elle ne vaut rien parce qu’elle ne tient pas compte du peuple, qu’elle ne l’écoute pas, qu’elle ne pense pas à lui et parce qu’elle vient le trouver seulement en période d’élections - et ce n’est même pas les votes qui l’intéressent, avec les sondages pour savoir qui va gagner ça lui suffit. Et alors on a droit à plein de promesses. Et que je vais faire ça et puis ça aussi, promis juré. Mais après, il n’y a plus personne, sauf quand on apprend par le journal qu’ils ont volé plein d’argent et qu’on ne va rien leur faire parce que la loi, que ces mêmes hommes politiques ont faite, les protège.
Parce que ça aussi, c’est un problème. La Constitution est complètement manipulée et changée. Ce n’est plus celle où il y avait les droits et les libertés du peuple travailleur, c’est celle des droits et des libertés des néolibéralistes pour faire tous leurs profits. Les juges sont là uniquement pour servir ces néolibéralistes, parce qu’ils finissent toujours par trancher en leur faveur et que ceux qui ne sont pas riches n’ont droit qu’à l’injustice, à la prison et au cimetière.
Eh bien, en dépit de la grande lessive orchestrée par les néolibéralistes, il y a quand même des Mexicains et des Mexicaines qui s’organisent et résistent.
Alors, en général, nous, nous voyons que, dans notre pays, qui s’appelle le Mexique, il y a beaucoup de gens qui ne se laissent pas faire, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas. Autrement dit, qui sont dignes. Et cela nous réjouit et nous donne une certaine satisfaction, parce que avec tous ces gens ça ne va pas être si facile pour les néolibéralistes et peut-être que l’on parviendra même à sauver notre patrie des incroyables vols et de la destruction que les néolibéralistes ont entrepris. Et nous nous prenons à penser que ce serait bien si notre "nous autres" incluait toutes ces rébellions...
Bien, alors maintenant nous allons vous dire ce que nous voudrions faire dans le monde et au Mexique, parce que nous sommes incapables de nous taire, sans plus, devant tout ce qui se passe sur cette planète, comme s’il n’y avait que nous qui étions là où nous en sommes.
Alors dans le monde, nous voulons dire à vous tous qui résistez et luttez à votre façon et dans votre pays que vous n’êtes pas seuls et que nous, les zapatistes, même si nous sommes tout petits, nous vous soutenons et nous allons chercher un moyen de vous aider dans vos luttes et de parler avec vous pour apprendre, parce que s’il y a bien une chose que nous avons apprise, c’est à apprendre.
Alors, au Mexique, nous voulons arriver à un accord avec des personnes et des organisations de gauche, uniquement, parce que nous pensons que ce n’est qu’au sein de la gauche politique que l’on trouve la volonté de résister à la mondialisation néolibérale et de construire un pays où tout le monde jouisse de la justice, de la démocratie et de la liberté. Et non comme maintenant où la justice n’existe que pour les riches, où la liberté n’existe que pour leurs grands négoces et où la démocratie n’existe que pour couvrir les murs de propagande électorale. Et aussi parce que nous pensons que c’est uniquement de la gauche que peut surgir un plan de lutte pour que notre patrie, c’est-à-dire le Mexique, ne meure pas.
Et alors, ce à quoi nous avons pensé, c’est de dresser avec ces personnes et organisations de gauche un plan pour aller partout au Mexique où il y a des gens humbles et simples comme nous.
Et nous n’allons pas aller leur dire ce qu’ils doivent faire, autrement dit leur donner des ordres.
Nous n’allons pas non plus leur demander de voter pour tel ou tel candidat, nous savons parfaitement qu’ils sont tous partisans du néolibéralisme.
Nous n’allons pas non plus leur dire qu’ils fassent comme nous ou qu’ils prennent les armes.
Non, ce que nous allons faire, c’est leur demander comment ils vivent, comment est leur lutte, ce qu’ils pensent de notre pays et comment faire ensemble pour ne pas être vaincus.
Ce que nous allons faire, c’est aller chercher la pensée des gens simples et humbles comme nous et peut-être que nous y trouverons le même amour que nous ressentons pour notre pays.
Et peut-être allons-nous trouver un accord entre gens simples et humbles, et ensemble nous organiser dans tout le pays et faire concorder nos luttes, qui restent isolées, loin les unes des autres, et trouver une sorte de programme qui réunisse ce que tout le monde veut, et un plan de ce que nous ferons, et comment, pour que ce programme, appelé "programme national de lutte", se réalise.
Et alors, en accord avec la majorité des gens que nous allons écouter, eh bien, nous pourrions faire une lutte de tout le monde : des indigènes, des ouvriers, des paysans, des étudiants, des professeurs, des employés, des femmes, des enfants, des anciens et des hommes et avec toutes les personnes au cœur bon qui auront envie de lutter pour que ne soit pas détruit et vendu notre pays, qu’on appelle "le Mexique" et qui va du Rio Bravo au Rio Suchiate et qui est bordé, d’un côté, par l’océan Pacifique, et de l’autre, par l’océan Atlantique.
Alors voici notre parole simple, qui s’adresse aux gens humbles et simples du Mexique et du monde et que nous appelons en cette occasion :
Sixième Déclaration de la forêt Lacandone
Et nous voici venus pour dire, avec notre parole simple, que...
L’EZLN renouvelle ses engagements concernant le maintien du cessez-le-feu offensif et elle ne lancera aucune attaque contre les forces gouvernementales et n’effectuera aucun mouvement de troupes offensif.
L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la poursuite de ses activités dans le cadre de la lutte politique, avec l’initiative pacifique actuelle. Par conséquent, l’EZLN maintient sa volonté de n’entretenir aucune sorte de relation secrète avec des organisations politico-militaires mexicaines ou d’autres pays.
L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la défense, le soutien et l’obéissance aux communautés indigènes zapatistes qui la constituent ainsi qu’à leur commandement suprême, et, sans interférer avec leurs méthodes démocratiques internes et dans la mesure de ses possibilités, elle contribuera au renforcement de leur autonomie, de leur bon gouvernement et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Autrement dit, ce que nous allons faire au Mexique et dans le monde, nous le ferons sans armes, dans le cadre d’un mouvement civil et pacifique, et sans négliger ni cesser de soutenir nos communautés.
Par conséquent...
Dans le monde...
1. Nous établirons plus de relations respectueuses et de soutiens mutuels avec des personnes et des organisations qui résistent et luttent contre le néolibéralisme et pour l’humanité.
2. Dans la mesure de nos possibilités, nous fournirons des aides matérielles, des aliments et de l’artisanat aux frères et sœurs qui luttent dans le monde entier.
Pour commencer, nous allons demander au conseil de bon gouvernement de La Realidad de nous prêter le camion baptisé "Chompiras", d’une capacité d’environ 8 tonnes, et nous allons le remplir de maïs et si possible de deux bidons de 200 litres chacun rempli d’essence ou de pétrole, selon les besoins, que nous allons livrer à l’ambassade de Cuba à Mexico, pour qu’elle le fasse parvenir au peuple cubain en tant que soutien des zapatistes à sa résistance au blocus nord-américain. Mais s’il y avait un endroit plus près où livrer, ce ne serait pas plus mal, parce qu’il faut toujours aller jusqu’à Mexico qui est bien loin et il n’est pas impossible que "Chompiras" rende l’âme et alors on n’en mènerait pas large. Et de toute façon, ce ne serait pas avant la récolte et si on ne nous attaque pas, parce que tout est encore vert dans la milpa et que si nous l’envoyons maintenant, ce sera de l’elote qui n’arriverait pas en bonnes conditions, même sous forme de tamales. Ce serait mieux en novembre ou en octobre, au choix.
Et nous allons aussi nous mettre d’accord avec des coopératives d’artisanat de femmes pour pouvoir envoyer une bonne cargaison de vêtements brodés aux Europes, qui ne seront peut-être plus une Union, et peut-être aussi du café écologique des coopératives zapatistes, pour les vendre et avoir un peu de sous pour leur lutte. Et si cela ne se vend pas, ils pourront toujours se faire un petit café et causer de la lutte antinéolibérale, et s’il fait froid, ils pourront mettre les vêtements brodés zapatistes, qui résistent parfaitement au lavage à la main et à la pierre, et qui ne déteignent pas, en plus.
Et nous allons aussi envoyer aux frères et sœurs indigènes de Bolivie et d’Équateur un peu de maïs non transgénique. Il y a juste que nous ne savons pas où le livrer pour qu’il arrive en de bonnes mains, mais nous aimerions vraiment fournir cette petite aide.
3. Et nous disons à tous ceux et à toutes celles qui résistent dans le monde entier qu’il faut organiser d’autres rencontres intercontinentales, même si ce n’est qu’une seule de plus. En décembre ou en janvier prochain, peut-être, il faudrait y penser. Nous ne voulons pas fixer de date, parce qu’il s’agit de faire les choses en se mettant tous d’accord sur où, comment et qui. Mais il ne faudrait pas que ce soit ce genre de rencontre avec estrades où il n’y en a que quelques-uns qui parlent pendant que les autres écoutent, mais une rencontre sans formalités, tout le monde sur le même plan et tout le monde parle. Avec un peu d’ordre quand même, parce que, sinon, c’est rien que du bruit et on ne comprend rien à ce qui est dit, alors qu’avec un peu d’organisation tout le monde écoute et peut prendre note des paroles de résistance des autres pour pouvoir les rapporter à leurs compañeros et compañeras dans leur propre monde. Et nous avons pensé que ça pourrait se faire dans un endroit où il y a une grande prison, pour le cas où il y aurait de la répression et qu’on nous emprisonne et, comme ça, nous ne serions pas entassés les uns sur les autres. En prison, soit, mais bien organisés, et nous pourrions continuer en prison la rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. Alors, plus loin nous allons vous dire comment faire pour nous mettre d’accord sur la manière de se mettre d’accord. Enfin, en tout cas, c’est comme ça que nous pensons faire ce que nous voulons faire dans le monde. Mais d’abord...
Au Mexique...
1. Nous allons continuer à lutter pour les peuples indiens du Mexique, et plus seulement pour eux ni rien qu’avec eux, mais aussi pour tous les exploités et les dépossédés du Mexique, avec eux tous et dans l’ensemble du pays. Et quand nous parlons de tous les exploités du Mexique, nous parlons aussi des frères et sœurs qui ont dû partir aux États-Unis chercher du travail pour pouvoir survivre.
2. Nous allons aller écouter et parler directement, sans intermédiaires ni médiations, avec les gens simples et humbles du peuple mexicain et, en fonction de ce que nous entendrons et apprendrons, nous élaborerons, avec ces gens qui sont, comme nous, humbles et simples, un programme national de lutte. Mais un programme qui soit clairement de gauche, autrement dit anticapitaliste et antinéolibéral, autrement dit pour la justice, la démocratie et la liberté pour le peuple mexicain.
3. Nous allons essayer de construire ou de reconstruire une autre façon de faire de la politique, une façon qui renoue avec l’esprit de servir les autres, sans intérêts matériels et avec sacrifice, en consacrant son temps et avec honnêteté, en respectant la parole donnée et avec pour seule paye la satisfaction du devoir accompli. Autrement dit, comme le faisaient auparavant les militants de gauche que rien n’arrêtait, ni les coups, ni la prison, ni la mort, et encore moins des dollars.
4. Nous allons aussi essayer de faire démarrer une lutte pour exiger une nouvelle Constitution, autrement dit des nouvelles lois qui prennent en compte les exigences du peuple mexicain, à savoir : logement, terre, travail, alimentation, santé, éducation, information, culture, indépendance, démocratie, justice, liberté et paix. Une nouvelle Constitution qui reconnaisse les droits et libertés du peuple et qui défende le faible contre le puissant.
DANS CE BUT...
L’EZLN enverra une délégation de sa direction pour accomplir cette tâche sur l’ensemble du territoire mexicain et pour une durée indéterminée. Cette délégation zapatiste se rendra aux endroits où elle sera expressément invitée, en compagnie des organisations et des personnes de gauche qui auront souscrit à cette Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.
Nous informons à l’avance que l’EZLN mènera une politique d’alliances avec des organisations et des mouvements non électoralistes qui se définissent, en théorie et en pratique, comme des mouvements et organisations de gauche, aux conditions suivantes :
Non à des accords conclus en haut pour imposer en bas, mais oui à la conclusion d’accords pour aller ensemble écouter et organiser l’indignation ; non à la création de mouvements qui soient ensuite négociés dans le dos de ceux qui y participent, mais oui à toujours tenir compte de l’opinion des participants ; non à la recherche de récompenses, de promotion, d’avantages, de postes publics, du pouvoir ou de qui aspire au pouvoir, mais oui à outrepasser les calendriers des élections ; non à la tentative de résoudre d’en haut les problèmes de notre pays, mais oui à la construction PAR LE BAS ET POUR EN BAS d’une alternative à la destruction néolibérale, une alternative de gauche pour le Mexique.
Oui au respect réciproque de l’autonomie et de l’indépendance d’organisations, à leurs formes de lutte, à leur façon de s’organiser, à leurs méthodes internes de prises de décision, à leurs représentations légitimes, à leurs aspirations et à leurs exigences ; et oui à un engagement clair et net de défense conjointe et coordonnée de notre souveraineté nationale, par conséquent avec une opposition sans concessions aux tentatives de privatisation de l’énergie électrique, du pétrole, de l’eau et des ressources naturelles.
Autrement dit, nous invitons comme qui dirait les organisations politiques et sociales de gauche qui ne sont pas officiellement déclarées et les personnes qui se revendiquent de gauche sans appartenir aux partis politiques officiels à nous réunir, au moment, à l’endroit et de la manière que nous leur proposerons en son temps, afin d’organiser une campagne nationale, en parcourant tous les lieux même les plus reculés de notre patrie, pour écouter et organiser la parole de notre peuple. Alors, c’est comme une campagne, mais bien différente parce qu’elle n’est pas électorale.
Frères et sœurs,
Voici notre parole. Nous disons :
Dans le monde, nous allons davantage fraterniser avec les luttes de résistance contre le néolibéralisme et pour l’humanité.
Et nous allons soutenir, même si ce n’est qu’un petit peu, ces luttes.
Et nous allons échanger dans un respect mutuel expériences, histoires, idées et rêves.
Au Mexique, nous allons parcourir l’ensemble du pays, au milieu des décombres qu’a semés la guerre néolibérale et parmi les résistances, retranchées, qui y fleurissent.
Nous allons chercher, et trouver, des gens qui aiment ces terres et ces cieux au moins autant que nous.
Nous allons chercher, de La Realidad à Tijuana, des gens qui veulent organiser et lutter et construire, qui sait, le dernier espoir que cette nation, qui existe au moins depuis le jour où un aigle s’est posé sur un nopal pour y dévorer un serpent, ne meure pas.
Nous invitons les indigènes, les ouvriers, les paysans, les professeurs, les étudiants, les ménagères, les habitants des quartiers, les petits propriétaires, les petits commerçants, les micro-chefs d’entreprise, les retraités, les handicapés, les prêtres et les bonnes sœurs, les chercheurs, les artistes, les intellectuels, les jeunes, les femmes, les vieillards, les homosexuels, les lesbiennes et les enfants, garçons et filles, à participer directement, de manière individuelle ou collective, à la construction d’une autre façon de faire de la politique et d’un programme de lutte national et de gauche, et à lutter pour une nouvelle Constitution.
Voilà quelle est notre parole pour dire ce que nous allons faire et comment nous allons le faire. Elle est à votre disposition, si cela vous intéresse.
Et nous voulons dire aux hommes et aux femmes à la pensée bonne dans leur cœur, qui seraient d’accord avec cette parole que nous donnons, de ne pas avoir peur ou, s’ils ont peur, de se dominer et de dire publiquement s’ils sont d’accord avec cette idée que nous lançons. Comme ça, on verra enfin une fois pour toutes avec qui, où, quand et comment va être franchi ce nouveau pas dans la lutte.
Pendant que vous y réfléchissez, sachez que, en ce sixième mois de l’an 2005, nous, les hommes, les femmes, les enfants et les anciens de l’Armée zapatiste de libération nationale, nous avons déjà pris notre décision et que nous souscrivons à cette Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, et qu’elle a été contresignée par ceux qui savaient signer et que ceux qui ne savaient pas ont mis leurs empreintes, bien qu’il y ait moins de personnes maintenant qui ne savent pas, parce qu’une éducation a pu être donnée ici, dans ce territoire en rébellion pour l’humanité et contre le néolibéralisme, autrement dit sous les cieux et sur les terres zapatistes.
Voilà quelle a été notre parole simple s’adressant aux cœurs nobles des gens simples et humbles qui résistent et se rebellent contre l’injustice dans le monde entier.
DÉMOCRATIE !
LIBERTÉ !
JUSTICE !
Des montagnes du Sud-Est mexicain.
Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.
Mexique, en ce sixième mois, autrement dit en juin, de l’an 2005.
Traduit du castillan par Angel Caído, compañero que nous remercions chaleureusement.
Auteur : Alma
GuillermoprietoAujourd’hui nous disons : Nous sommes là ! Nous résistons !
Nous sommes les vengeurs de la mort. Notre lignée ne s’éteindra pas tant qu’il y aura de la lumière dans la lueur du matin.
Popol Vuh1
Frères et sœurs,
Elle n’est pas nôtre la maison de la douleur et de la misère. C’est ainsi que l’a décrit celui qui nous vole et nous ment.
Elle n’est pas nôtre la terre de la mort et de l’angoisse. Il n’est pas nôtre le chemin de la guerre. Elle n’est pas nôtre la trahison et l’oubli n’existe pas dans notre passé. Ils ne sont pas nôtres le sol vide et le ciel creux.
Est nôtre la maison de la lumière et de l’allégresse. Nous la construisons, nous luttons pour elle, nous la faisons croître. Est nôtre la terre de la vie et de l’espérance. Est nôtre le chemin de la paix qui se sème avec dignité et se récolte avec justice et liberté.
Frères et sœurs.
Nous savons que la lutte pour la place que nous méritons et dont nous avons besoin dans la grande nation mexicaine est seulement une partie de la grande lutte de tous pour la démocratie, la liberté et la justice, mais c’est une part fondamentale et nécessaire. À plusieurs reprises, depuis le début de notre soulèvement le premier janvier 1994, nous avons appelé toute la population du Mexique à lutter ensemble et par tous les moyens pour les droits que nous nient les puissants. À plusieurs reprises depuis que nous vous avons rencontrés et que nous avons parlé avec vous tous, nous avons insisté sur la nécessité du dialogue et de la rencontre pour nous suivre. Depuis plus de quatre ans, jamais la guerre n’a été initiée par nous. Depuis toujours la guerre est venue par les faits et gestes des gouvernements suprêmes. De là sont venus les mensonges, les morts et les misères.
Suivant le chemin que vous nous avez demandé de suivre, nous avons dialogué avec le pouvoir et nous sommes parvenus à des accords qui signifieraient le début de la paix sur nos terres, la justice pour les indigènes du Mexique et l’espérance pour tous les hommes et les femmes honnêtes du pays.
Ces accords, les accords de San Andrès, ne sont pas le fruit de notre unique volonté et ne sont pas nés seuls. À San Andrès, il y avait des représentants de toutes les populations indiennes du Mexique, là, leur voix était représentée et leurs revendications exprimées. Leur lutte - qui est un chemin et une leçon - fut resplendissante, elles ont parlé de leurs propres voix et avec leur cœur.
Il n’y avait pas que les zapatistes à San Andrès et ses accords. Les zapatistes furent et sont avec et derrière les populations indiennes du pays. Comme aujourd’hui, nous n’étions qu’une petite partie de la grande histoire avec le visage, la parole et le cœur des náhuatl, paipai, kiliwa, cúcapa, cochimi, kumiai, yuma, seri, chontal, chinanteco, pame, chichimeca, otomí, mazahua, matlazinca, ocuilteco, zapoteco, solteco, chatino, papabuco, mixteco, cuicateco, triqui, amuzgo, mazateco, chocho, izcateco, huave, tlapaneco, totonaca, tepehua, popoluca, mixe, zoque, huasteco, lacandón, maya, chol, tzeltal, tzotzil, tojolabal, mame, teco, ixil, aguacateco, motocintleco, chicomucelteco, kanjobal, jacalteco, quiché, cakchiquel, ketchi, pima, tepehuán, tarahumara, mayo, yaqui, cahita, ópata, cora, huichol, purépecha et kikapú.
Nous continuerons à lutter la main dans la main avec toutes les populations indiennes dans la lutte pour la reconnaissance de leurs droits. Non pas comme avant-garde ou comme direction, seulement comme partie.
Nous mettons en application notre parole de chercher une solution pacifique.
Mais le gouvernement suprême a failli à sa parole et n’a pas mis en application le premier accord fondamental auquel nous étions arrivés : la reconnaissance des droits indigènes.
À la paix que nous offrions, le gouvernement a opposé la guerre de son obstination.
Depuis, la guerre contre nous et tous ceux les populations indiennes continue.
Depuis, les mensonges augmentent.
Depuis, il a menti au pays et au monde entier en simulant la paix et en faisant la guerre contre tous les indigènes.
Depuis, il a tenté d’oublier sa parole et a tenté d’occulter la trahison qui gouverne les terres mexicaines.
Alors que le gouvernement démontrait au Mexique et au monde sa volonté de mort et de destruction, nous les zapatistes, ne répondions pas par la violence, ni n’entrions en compétition sinistre pour voir quel était celui qui causait le plus de morts et de douleurs à l’autre partie.
Alors que le gouvernement accumulait les phrases creuses et se pressait de discuter avec un rival qui lui échappait constamment, nous les zapatistes faisions du silence une arme de lutte qu’il ne connaissait pas et contre laquelle on ne pouvait rien faire et face à notre silence se brisèrent tour à tour les mensonges, les balles, les bombes, les coups. Alors que depuis des combats de janvier 1994, nous avions fait de la parole une arme, aujourd’hui, nous avons fait une arme du silence. Alors que le gouvernement offrait à tous la menace, la mort et la destruction, nous, nous pouvions apprendre de nous-mêmes, enseigner à nous-mêmes et aux autres une forme différente de lutte selon laquelle par la raison, la vérité et l’histoire, on pouvait combattre et gagner... en se taisant.
Alors que le gouvernement répartissait les subornations, les appuis économiques de mensonges pour acheter des fidélités et briser les convictions, nous, les zapatistes avons fait de notre digne refus aux aumônes du pouvoir un mur qui nous protège et nous en éloigne.
Alors que le gouvernement montrait des mirages par des richesses corrompues et imposait la faim pour soumettre et vaincre, nous les zapatistes faisions de notre faim un aliment et de notre pauvreté la richesse de celui qui se sait digne et conséquent.
Le silence, la dignité et la résistance ont été notre force et notre meilleure arme. Grâce à elle, nous avons combattu et mis en déroute un ennemi fort mais dont la cause manquait de raison et de justice. Grâce à notre expérience et à la grande et lumineuse histoire de la lutte indigène que nous avons héritée de nos ancêtres, les premiers habitants de ces terres, nous avons repris ces armes et nous avons transformé nos silences en combattants, la dignité en lumière et notre résistance en muraille.
Cependant, durant le temps que dura notre silence, nous sommes restés à l’écart de toute participation directe dans les problèmes nationaux principaux où nous n’avons pas fait de proposition ni montré notre position ; Bien que notre silence ait permis au pouvoir de faire naître et croître les rumeurs et les mensonges concernant les divisions et les ruptures internes zapatistes et chercher à nous vêtir de l’habit de l’intolérance, l’intransigeance, la faiblesse et la claudication ; bien que certains se découragèrent du fait de l’absence de notre voix et que d’autres en profitèrent pour faire croire qu’ils étaient cette voix, malgré toutes ces douleurs et même à cause de ces douleurs, grands furent les pas qui nous firent avancer et ouvrir les yeux.
Nous vîmes que nous ne pouvions plus garder muets nos morts, que les morts parlaient pour nos morts, que les morts accusaient, que les morts criaient, que les morts ressuscitaient. Nos morts ne mourront jamais. Ces morts seront toujours les nôtres et ceux de tous ceux qui combattent.
Nous vîmes des dizaines des nôtres affronter à mains nues et avec leurs seuls ongles des milliers d’autres bardés d’armes modernes, nous les vîmes faits prisonniers, nous les vîmes se relever dignement et dignement résister. Nous vîmes des membres de la société civile faits prisonniers pour avoir été proches des indigènes et pour avoir cru que la paix passait par l’art, l’éducation et le respect. Nous les vîmes, leurs cœurs devenus indiens dans la lutte et devenus nos frères et sœurs nous les vîmes.
Nous vîmes la guerre venir d’en haut avec son grondement et nous vîmes qu’ils pensaient que nous répondrions et ils firent l’absurdité de transformer nos réponses en argument pour augmenter leurs crimes. Le gouvernement a apporté la guerre et n’a pas obtenu de réponse, mais ses crimes ont continué. Notre silence a démasqué le pouvoir et l’a montré tel qu’il est : une brute criminelle. Nous vîmes que notre silence a évité que la mort et la destruction n’augmentent. Ainsi sont démasqués les assassins qui se cachent derrière ce qu’ils appellent "l’état de droit".
Arrachant le voile derrière lequel ils se cachent, sont apparus les tièdes et les pusillanimes, ceux qui jouent avec la mort par profit, ceux qui voient dans le sang des autres un tremplin, ceux qui tuent parce qu’on applaudit le matador. Et celui qui gouverne a jeté son dernier masque d’hypocrisie "la guerre n’est pas contre les indigènes" disait-il alors qu’il continuait à emprisonner et à assassiner les indigènes. Sa propre guerre personnelle l’accusait d’assassinat alors que notre silence le jugeait.
Nous vîmes le gouvernement tout-puissant s’irriter de ne rencontrer ni rival ni reddition, nous le vîmes se retourner contre d’autres et frapper ceux qui ne suivaient pas le même chemin que nous mais qui défendaient des bannières identiques : des leaders indigènes honnêtes, des organisations sociales indépendantes, des médiateurs, des organisations non-gouvernementales, des observateurs internationaux, tout citoyen désirant la paix. Nous vîmes tous ces frères et sœurs être frappés et nous vîmes qu’ils ne se rendaient pas. Nous vîmes le gouvernement frapper tout le monde et, en cherchant à diviser les forces en présence, augmenter le nombre de ses ennemis.
Nous vîmes également que le gouvernement n’était pas unanime quant à la vocation de mort dont se prévalait son chef. Nous vîmes qu’il y avait dans ce gouvernement des gens qui désiraient la paix, qui la comprenaient, qui en voyaient la nécessité et l’obligation. Alors que nous nous taisions, nous vîmes que d’autres voix à l’intérieur de la machine de guerre s’élevaient pour s’opposer à son dessein.
Nous vîmes le pouvoir désavouer sa propre parole et envoyer aux législateurs une proposition de loi qui ne tenait pas compte des revendications des tous premiers habitants de ces terres, qui faisait s’éloigner la paix, et qui frustrait les espérances d’une solution juste rendue impossible par la guerre. Nous le vîmes s’asseoir à la table de l’argent, annoncer sa trahison et chercher là un appui que lui refusait le peuple. Du monde de l’argent, le pouvoir reçût des applaudissements, de l’or et l’ordre d’en finir avec ceux des montagnes. "Que meurent ceux qui doivent mourir, des milliers si nécessaire, mais qu’on en finisse avec ce problème", murmurait l’argent à l’oreille de celui qui disait gouverner. Nous vîmes que sa proposition allait à l’encontre de celle qu’il avait déjà approuvée, à l’encontre de notre droit à nous gouverner et à prendre part à la Nation.
Nous vîmes que sa proposition tentait de nous briser, de nous enlever notre histoire, de nous faire disparaître de la mémoire, et d’oublier la volonté de toutes les populations indiennes devenue collective à San Andrès. Nous vîmes que sa proposition était chargée de division et de rupture en détruisant les ponts et en effaçant les espérances.
Nous vîmes qu’à notre silence s’associa la volonté de gens et de personnes bonnes qui, à l’intérieur des partis politiques, élevèrent la voix pour organiser un front contre le mensonge et empêcher l’injustice et la tromperie d’une loi qui se prétendait loi constitutionnelle des droits indiens mais qui n’était rien d’autre qu’une loi pour la guerre.
Nous vîmes que, en nous taisant, nous pouvions mieux écouter les voix et les vents venus d’en bas et pas seulement la rude voix de la guerre venue d’en haut.
Nous vîmes que, en nous taisant, le gouvernement mettait fin à la légitimité que lui avaient donnée la volonté de paix et la raison. Le vide provoqué par l’absence de notre parole avait mis en lumière la vacuité et la stérilité de la parole de celui qui commande en commandant et avait permis de convaincre ceux qui ne nous avaient pas écoutés et qui nous regardaient d’un œil sceptique. Ainsi pour beaucoup s’imposa la nécessité de la paix dans les termes de justice et de dignité.
Nous vîmes tous ceux qui, différents comme nous, se cherchaient et cherchaient d’autres façons de ramener la paix sur le terrain des espérances possibles, nous les vîmes construire et lancer des initiatives, nous les vîmes croître. Nous les vîmes arriver jusqu’à nos communautés avec de l’aide pour nous faire savoir que nous n’étions pas seuls. Nous les vîmes protester en marchant, en signant des pétitions, se déployant en peignant, chantant, écrivant, arrivant jusqu’à nous. Nous les vîmes également proposer un véritable dialogue, différent du faux dialogue imposé par la volonté du pouvoir.
Nous vîmes d’autres gens que nous n’avions pas vus auparavant. Nous vîmes que la lutte pour la paix rassemblait autour d’elle des personnes nouvelles et bonnes, des hommes et des femmes qui plutôt que d’opter pour le cynisme et l’apathie avaient choisi le compromis et la mobilisation.
En silence nous les vîmes tous, en silence nous saluons ceux qui ont cherché et ouvert des portes, en silence nous leur adressons cette réponse.
Nous vîmes d’autres hommes et femmes issues d’autres terres se joindre à la lutte pour la paix. Nous vîmes d’autres gens qui depuis leur propre pays lançaient un " vous n’êtes pas seuls", nous les vîmes se mobiliser et répéter "Ya BASTA", nous les vîmes imaginer et réaliser des appels à la justice, avancer comme on chante, écrire comme on crie, parler comme on marche. Nous vîmes tous ces éclairs rebondir dans les cieux et arriver sur nos terres sous tous les noms différents que José peut avoir, sous les traits de tous ceux qui cherchent un monde pour tous dans le monde.
Nous vîmes d’autres gens traverser le pont entre eux et nous, au-dessus des frontières et des océans pour venir observer et condamner la guerre. Nous les vîmes arriver jusqu’à nous pour nous faire savoir que nous n’étions pas seuls. Nous les vîmes persécutés et agressés comme nous. Nous les vîmes être frappés comme nous. Nous les vîmes être calomniés comme nous le sommes. Nous les vîmes résister comme nous. Nous vîmes leur présence parmi nous, même après leur départ. Nous les vîmes chez eux parler de ce que leurs yeux avaient vu et dénoncer ce que leurs oreilles avaient entendu. Nous les vîmes continuer à lutter.
Nous vîmes que, en se taisant, la voix de la résistance de nos populations s’élevait plus haut contre le profit et la violence.
Nous vîmes que, par le silence nous parlions comme celui que nous sommes réellement et non pas comme celui qui apporte la guerre, comme celui qui cherche la paix et non pas comme celui qui impose sa volonté, comme celui qui désire un endroit où chacun a sa place et non pas comme celui qui est seul et simule la foule autour de lui, comme celui qui est tous même dans la silencieuse solitude de celui qui résiste.
Nous vîmes que notre silence fut le bouclier et l’épée qui blessa et affaibli celui qui désire la guerre et l’impose. Nous vîmes que notre silence a fait perdre pied, à plusieurs reprises, à un pouvoir qui simule vouloir la paix et être un bon gouvernement et dont la puissante machine de mort s’est, à plusieurs reprises, heurtée au mur silencieux de notre résistance. Nous vîmes qu’à chaque nouvelle attaque il gagnait moins et perdait plus a. Nous vîmes qu’en ne nous battant pas, nous nous battions.
Et nous vîmes que la volonté de paix en se taisant s’affirme aussi, se montre et convainc.
Une loi indigène nationale doit répondre aux espérances des populations indiennes de tout le pays. À San Andrès étaient représentés tous les indigènes du Mexique et pas seulement les zapatistes. Les accords signés l’ont été avec tous les peuples indiens, et pas seulement avec les zapatistes. Pour nous, et pour des millions d’indiens et de non indiens mexicains, une loi qui ne respecte par les accords de San Andrès n’est qu’une simulation, c’est une porte vers la guerre et un précédent pour les rebellions indigènes qui, dans le futur, auront à payer la facture que l’histoire présente régulièrement aux mensonges.
Une réforme constitutionnelle en matière de droit et culture indigènes ne doit pas être unilatérale, elle doit tenir compte des accords de San Andrès et reconnaître ainsi les aspects fondamentaux des revendications des populations indiennes : autonomie, territorialité, populations indiennes, systèmes normatifs. Dans les accords est reconnu le droit à l’autonomie indigène et au territoire, conformément à l’article 169 de l’organisation Internationale du Travail, signé par le Sénat de la République. Aucune législation qui tenterait de réduire les populations indigènes en limitant leurs droits aux seules communautés, en promouvant ainsi la fragmentation et la dispersion rendant possible son anihilement ne pourra assurer la paix et l’inclusion dans la Nation des tout premiers Mexicains.
Toute réforme qui prétendra rompre les liens de solidarité historique et culturelle qui existent actuellement entre les indigènes est condamnée à l’échec et est simplement une injustice et une négation historique.
Bien qu’elle n’inclue pas tous les accords de San Andrès (nouvelle preuve que nous ne fûmes pas intransigeants puisque nous avons accepté le travail de la médiation et que nous le respectons), l’initiative de loi élaborée par la Commission de Concorde et Pacification est une proposition de loi issue du processus de négociations ; étant dans l’esprit de donner une continuité et une raison d’être au dialogue, elle constitue une base solide qui peut amener vers une solution pacifique du conflit et une aide importante pour arrêter la guerre et parvenir à la paix. La dite "loi COCOPA" a été élaborée sur la base des revendications indiennes, elle reconnaît les problèmes et jette les bases pour les solutionner, elle reflète une autre forme de participation politique qui aspire à la démocratie et répond à une demande nationale de paix incluant les demandes sociales et permettant une ouverture sur les grands problèmes nationaux. C’est la raison pour laquelle nous confirmons notre appui à l’initiative de loi élaborée par la Commission de Concorde et Pacification et nous demandons qu’elle soit approuvée au niveau constitutionnel.
Concernant le dialogue et la négociation, trois grands ennemis doivent être éliminés pour pouvoir se dérouler dans un cadre viable, efficace et crédible. Ces ennemis sont l’absence de médiation, la guerre et la non mise en application des accords. Mais l’absence de médiation, la guerre et le manquement à la parole sont de la responsabilité du gouvernement.
La médiation dans la négociation d’un conflit est incontournable, sans elle aucun dialogue n’est possible entre les deux partis opposés. Par sa guerre contre la Commission nationale de médiation, le gouvernement a détruit le seul pont permettant le dialogue, s’est éloigné d’un important obstacle à la violence et a provoqué le jaillissement d’une question : médiation nationale ou internationale ?
Le dialogue et la négociation répondront aux critères de pertinence, viabilité et efficacité quand, ajoutées à une médiation, la confiance et la crédibilité seront restituées. Jusqu’à ce moment, ils ne seront qu’une farce à laquelle nous ne voulons pas participer. Nous n’en voulons pas. Nous voulons un dialogue pour chercher des solutions pacifiques et non pas pour gagner du temps en pariant sur des supercheries politiques. Nous ne serons pas les complices d’une simulation.
Nous ne pouvons pas non plus être cyniques et poursuivre un dialogue dans le seul but d’éviter la persécution, l’emprisonnement et l’assassinat de nos dirigeants. Les drapeaux zapatistes ne sont pas nés avec nos chefs, ils ne mourront pas avec eux. Si nos dirigeants sont assassinés ou emprisonnés, ce ne sera pas pour avoir été inconséquents ou traîtres.
Nous ne nous sommes pas soulevés et rebellés pour devenir plus forts, ni avoir le pouvoir. Nous nous levons pour réclamer la démocratie, la liberté et la justice parce que nous avons la raison et la dignité de l’histoire de notre côté. Forts de ce sentiment, il nous est impossible de rester impassibles face aux injustices, aux trahisons et aux mensonges qui constituent déjà dans notre pays un " mode de gouvernement".
La raison a toujours été une arme de résistance face à la stupidité qui aujourd’hui, mais plus pour longtemps, semble si retentissante et omnipotente. Que l’on soit zapatiste ou non zapatiste, la paix avec justice et dignité est un droit pour lequel tous les mexicains honnêtes, indigènes et non indigènes continueront à lutter.
Frères et sœurs :
L’EZLN en tant qu’organisation a jusqu’ici résisté aux offensives les plus féroces qui se sont déchaînées contre elle. Elle a conservé intacte sa capacité militaire, a étendu sa base sociale et a accru sa force politique par l’évidence de la justesse de ses revendications. Le caractère indigène de l’EZLN a été renforcé et il continue d’être un moteur important de la lutte pour les droits des populations indiennes. Les indigènes sont aujourd’hui des acteurs nationaux : leur destin et leurs problèmes font partie de la discussion nationale. La voix des premiers habitants de ces terres à une résonance particulière dans l’opinion publique, non pas celle du tourisme ou de l’artisanat mais celle de la lutte contre la pauvreté et pour la dignité. Les zapatistes ont tendu la main à d’autres organisations sociales et politiques et à des milliers d’autres personnes sans parti politique et ce, dans un respect mutuel affirmé. De plus, avec les autres, nous avons créé des relations avec le monde entier et contribuer à créer(avec les hommes et les femmes des cinq continents) une grande famille qui lutte par des moyens pacifiques contre le néolibéralisme et résiste en luttant pour un monde nouveau et meilleur. De la même manière, nous avons contribué à la naissance d’un mouvement culturel nouveau qui lutte pour un homme et un monde nouveaux.
Tout ceci a été possible grâce à nos camarades des bases d’appui, ceux et celles sur les épaules desquels repose le poids le plus important de notre lutte et qui l’ont soutenu avec fermeté, décision héroïsme. L’appui des populations indiennes de tout le pays a été également important, l’appui de nos frères indigènes qui nous ont appris, nous ont écoutés et nous ont parlé. La société civile nationale a été le facteur fondamental pour que les revendications justes des zapatistes et de tous les indigènes tout le pays continuent sur la voix de démobilisation pacifique. La société civile internationale a été sensible et a ouvert des oreilles et des yeux attentifs pour que la réponse aux exigences ne soit pas synonyme de plus de mort ou d’emprisonnement. Les organisations politiques et sociales indépendantes nous ont acceptés en tant que frères ce qui a encouragé notre résistance. Tous nous ont aidés à résister à la guerre, pas à la faire.
Aujourd’hui, avec tous ceux qui marchent à nos côtés, nous disons : Nous sommes là ! Nous résistons !
Malgré la guerre que nous subissons, malgré nos morts et nos prisonniers, nous, les zapatistes, n’oublions pas pourquoi nous luttons ni que notre fer de lance dans la lutte pour la démocratie, la liberté et la justice au Mexique est la reconnaissance des droits des populations indiennes.
Comme dans le compromis fait depuis le premier jour de notre soulèvement, aujourd’hui nous réaffirmons en premier lieu, par-dessus notre souffrance, par-dessus nos problèmes, par-dessus les difficultés, l’exigence que soient reconnus les droits des indigènes par un changement de la constitution politique des États-Unis du Mexique qui assure à tous le respect et la possibilité de lutter pour ce qui leur appartient : la terre, le toit, le travail, le pain, la médecine, l’éducation, la démocratie, la justice, la liberté, l’indépendance nationale et la paix digne.
Frères et sœurs : la guerre avec son cortège de mort et de destruction a déjà parlé.
Le gouvernement et son masque criminel ont déjà parlé.
Il est temps que fleurissent à nouveau en paroles les armes silencieuses que nous portons depuis des siècles, il est temps de parler de paix, c’est le temps de la parole pour la vie.
C’est notre temps.
Aujourd’hui, avec le cœur indigène qui est la digne racine de la nation mexicaine et après avoir écouté la voix de la mort qui vient de la guerre du gouvernement et, nous appelons le peuple du Mexique, les hommes et les femmes de toute la planète à unir leurs pas et leurs forces aux nôtres dans cette étape de la lutte pour la liberté, la démocratie et la justice, au travers de cette ...
Dans laquelle nous appelons tous les hommes et les femmes honnêtes à lutter pour la RECONNAISSANCE DES DROITS DES POPULATIONS INDIENNES ET POUR LA FIN DE LA GUERRE D’EXTERMINATION.
Il n’y aura pas de transition vers la démocratie ni de réforme de l’État ni de solution réelle aux principaux problèmes nationaux sans la participation des populations indiennes. Avec les indigènes l’évolution vers un pays meilleur et neuf est nécessaire et possible. Sans eux, il n’y a pas de futur pour la Nation.
Le moment est venu pour les populations indiennes de tout le Mexique. Nous les appelons pour qu’ensemble, nous continuions à lutter pour les droits que l’histoire, la raison et la vérité nous ont donnés. Nous les appelons pour qu’ensemble en reconnaissant l’héritage de la lutte et de la résistance, nous nous mobilisions dans tout le pays et que nous fassions savoir à tous, par des moyens civils et pacifiques, que nous sommes la racine de la nation, son fondement digne, son présent de lutte, son futur incluant. Nous les appelons pour qu’ensemble, nous luttions pour le droit au respect au côté de tous les Mexicains. Nous les appelons pour qu’ensemble, nous démontrions que nous voulons la démocratie, la liberté et la justice pour tous. Nous les appelons pour exiger d’être reconnus comme partie digne de notre nation. Nous les appelons pour qu’ensemble, nous arrêtions la guerre des puissants contre tous.
Le moment est venu pour la société civile nationale et les organisations politiques et sociales indépendantes. L’heure est venue pour les paysans, les ouvriers, les enseignants, les étudiants, les professeurs, les religieux et les religieuses, les journalistes, les fermiers, les petits commerçants, les débiteurs, les artistes, les intellectuels, les laissés-pour-compte, les séropositifs, les homosexuels, les lesbiennes, les hommes, les femmes, les enfants, les jeunes, les anciens, les syndicats, les coopératives, les groupements paysans, les organisations politiques, les organisations sociales. Nous les appelons pour que, avec nous et les populations indiennes, ils luttent contre la guerre et pour la reconnaissance des droits indigènes, pour la transition vers la démocratie, pour un modèle économique qui serve le peuple sans se servir de lui, pour une société tolérante et incluante, pour le respect de la différence, pour un pays nouveau où la paix avec justice et dignité sera celle de tous.
L’heure est venue pour le Congrès de l’Union.
Après une grande lutte pour la démocratie ayant placé en-tête les partis politiques d’opposition, une nouvelle corrélation de force s’est établie à la chambre des députés et des sénateurs qui complique les procédés et arbitraires du présidentialisme et qui aspirent à une véritable séparation et indépendance des pouvoirs de l’Union. La nouvelle composition politique des deux chambres relève le défi de rendre digne le travail législatif, en tentant de le transformer en un espace au service de la Nation plutôt qu’au service de son président, espérant ainsi faire refleurir le titre de "Honorable" qui qualifiait autrefois le nom collectif donné aux sénateurs et députés fédéraux. Nous appelons les députés et sénateurs de la République de tous les partis politiques enregistrés et les congressistes indépendants à légiférer au bénéfice de tous lesMexicains. Pour qu’ils commandent en obéissant. Pourqu’ils fassentleur devoir en appuyant la paix et non la guerre. Pour que, rendanteffectiveladivision des pouvoirs, ils obligent l’exécutif fédéral à arrêter la guerre d’extermination visant les populations indiennes du Mexique. Pour que, dans le plein respect des prérogatives que la Constitution politique leur confère, au moment de légiférer, ils écoutent la voix du peuple mexicain qui les a élus. Pour qu’ils donnent leur soutien ferme et entier à la Commission de Concorde et Pacification, pour que cette commission législative puisse remplir efficacement et de façon efficiente son rôle de contribution au processus de paix. Pour qu’ils entendent l’appel historique qui exige la pleine reconnaissance des droits des populations indiennes. Pour qu’ils contribuent à créer une image internationale digne de notre pays. Pour qu’ils laissent à la postérité l’image d’un congrès qui a su cesser d’obéir et de servir un seul pour obéir et servir tous.
L’heure est venue pour la Commission de Concorde et de Pacification. Elle a entre les mains la possibilité d’arrêter la guerre, d’accomplir ce que l’exécutif se refuse à accomplir, d’ouvrir la porte vers l’espérance d’une paix juste et digne et de créer les conditions d’une coexistence pacifique de tous les Mexicains. Il est temps de respecter loyalement la loi dictée par le dialogue et la négociation au Chiapas. Il est temps de justifier la confiance donnée à cette commission non seulement par les populations indiennes qui ont participé à la table de San Andrès mais aussi par le peuple tout entier qui exige le respect de la parole donnée, l’arrêt de la guerre et la paix nécessaire.
Le temps est venu de la lutte pour les droits des populations indiennes pour un passage à la démocratie, la liberté et la justice pour tous.
Conjointement à la lutte à laquelle nous appelons dans cette Cinquième déclaration de la Forêt Lacandone pour la reconnaissance des droits indigènes et pour la fin de la guerre, ratifiant ainsi notre "tout pour tous, rien pour nous", l’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE annonce qu’elle réalisera directement et dans tout le Mexique une...
Nous proposons d’organiser une consultation nationale sur l’initiative de loi élaborée par la Commission de Concorde et de Pacification dans toutes les municipalités du pays pour que tous les mexicains et mexicaines puissent manifester leur opinion concernant cette initiative. L’EZLN enverra une délégation à chacune des municipalités de notre pays pour expliquer le contenu de l’initiative de la COCOPA afin qu’elles participent à la réalisation de cette consultation. L’EZLN s’adressera en temps voulu et publiquement à la société civile nationale et aux organisations politiques et sociales pour leur faire savoir la convocation suivante.
Nous appelons :
Les populations indiennes de tout le Mexique à se mobiliser de concert avec les zapatistes et à se manifester en exigeant la reconnaissance de leurs droits dans la Constitution.
Les frères et sœurs du congrès national indigène à participer, avec les zapatistes, à l’organisation de la consultation de tous les mexicains et les mexicaines sur l’initiative de loi de la COCOPA.
Aux travailleurs, paysans, enseignants, étudiants, femmes à la maison, fermiers, petits propriétaires, petits commerçants et entrepreneurs, retraités, laissés-pour-compte, religieux et religieux, jeunes, femmes, enfants, homosexuels et lesbiennes, garçons et filles à participer directement avec les zapatistes, de manière collective ou individuelle, à la promotion, l’appui et la réalisation de cette consultation pour un pas en avant vers la paix avec justice et dignité.
À la communauté scientifique, artistique et intellectuelle pour qu’elle s’associe aux zapatistes dans les tâches d’organisation de la consultation sur tout le territoire.
Aux organisations sociales et politiques pour que, conjointement avec les zapatistes, elles travaillent à la réalisation de cette consultation.
Aux partis politiques honnêtes engagés dans les causes populaires à octroyer tout l’appui nécessaire à cette consultation nationale. Pour cela, l’EZLN s’adressera en temps voulu et publiquement aux directions nationales de tous les partis politiques du Mexique.
Au Congrès de l’Union pour qu’il assume son engagement de légiférer au bénéfice du peuple pour contribuer à la paix et non pas à la guerre en permettant la réalisation de cette consultation. Pour cela, l’EZLN s’adressera en temps voulu et publiquement au coordinateur des fractions parlementaires et aux législateurs indépendants des chambres de Députés et de Sénateurs.
À la Commission de Concorde et de Pacification pour que, remplissant son travail de contribution au processus de paix, elle ouvre la voie à la réalisation de la consultation concernant son initiative. Pour cela, l’EZLN s’adressera en temps voulu et publiquement aux législateurs membres de la COCOPA.
Frères et sœurs :
Le temps des trompettes de la guerre du pouvoir est passé, nous ne les laisserons plus retentir.
Le temps est venu de parler de paix, la paix que nous méritons et qui est nécessaire à tous, la paix avec justice et dignité.
Aujourd’hui, 19 juillet 1998, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale approuve cette Cinquième Déclaration de la Forêt Lacandone. Nous vous invitons tous à en prendre connaissance, à la défendre et à vous joindre aux efforts et au travail qu’elle demande.
DÉMOCRATIE
LIBERTÉ
JUSTICE
Depuis les montagnes du sud-est mexicain
Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène- Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.
1 Le Popol-Vuh ou Pop Wuh, littéralement « Livre du Conseil » ou « Livre de la Communauté » en quiché, est le document le plus important dont nous disposons sur les mythes de la civilisation maya. Il s'agit d'une sorte de « Bible » maya (sachant par ailleurs qu'il comporte des éléments similaires à la Bible) dont le contenu, remontant à la période précolombienne, relate l'origine du monde et plus particulièrement du peuple quiché, l'une des nombreuses ethnies mayas, dont le centre de rayonnement se situait dans la partie occidentale du Guatemala actuel.
Editeur : L'esprit Frappeur
Editeur : Dagorno
Editeur : Dagorno
Aujourd’hui, nous disons : Nous sommes toujours là !
Nous sommes la dignité rebelle, le cœur oublié de la patrie !
"Tous ces peuples, tous ceux qui travaillent la terre, tous nous les invitons à s’unir et se joindre à nous et nous donnerons notre vie a une seule lutte, pour que nous marchions avec votre aide.Luttons encore et sans repos et nôtre sera la terre, propriété des gens, la terre qui fut à nos aïeux et que les doigts de pieds de pierre écraseurs nous ont arrachée, à l’ombre de ceux qui sont passés, ceux qui toujours commandent ; qu’ensemble nous portions haut, la main sur un site élevé et avec la force de notre coeur, ce qui doit être vu, qu’on appelle étendard de notre dignité et de notre liberté, à nous travailleurs de la terre ; ensemble luttons toujours et vainquons ceux qui de nouveau se sont hissés en haut, ceux qui appuient ceux-là qui enlèvent à d’autres leur terre, ceux qui tirent grande richesse du travail de ceux qui sont comme nous, et ces trompeurs des haciendas, c’est notre devoir d’honneur, si nous voulons être appelés des hommes de bonne vie, et en vraie vérité bons habitants du peuple.
Aujourd’hui, de quelque façon, plus que jamais, il nous faut aller tous unis, avec tout notre coeur, et avec tout notre effort, dans ce grand travail de l’unification merveilleuse, bien véritable, de ceux qui engagèrent la lutte, qui gardent purs dans leur coeur ces principes et ne perdent pas la foi de la vie juste.
Nous supplions que qui ait entre ses mains ce manifeste, qu’il le fasse passer à tous les hommes de ces terres."
Réforme, Liberté, Justice et Loi.
Le Général en chef de l’Armée Libératrice du Sud,
Emiliano Zapata.
Au peuple du Mexique,
Aux peuples et gouvernements du monde,
Frères,
Elle ne mourra pas, la fleur de la parole. Le visage invisible de celui qui la dit aujourd’hui peut mourir, mais la parole revenue du fond de l’histoire, du fond de la terre, la superbe du
pouvoir ne pourra plus l’arracher. Nous sommes nés de la nuit. En elle nous vivons. Nous mourrons en elle. Mais la lumière sera demain pour tous, pour tous ceux qui pleurent la nuit, auxquels
le jour est refusé, ceux pour qui la mort est un don, auxquels la vie est interdite. Pour tous, la lumière. Pour tous, tout. Pour nous, la douleur et l’angoisse, pour nous la joyeuse rÈbellion,
pour nous le futur fermé, pour nous, la dignité insurgée. Pour nous, rien.
Toit, terre, pain, santé, éducation, indépendance, démocratie, liberté, justice et paix. Tels furent nos drapeaux à l’aube de 1994. Telles furent nos demandes pendant la longue nuit des 500
ans. Telles sont, aujourd’hui, nos exigences.
Notre sang, et notre parole, allumèrent dans la montagne un feu tout petit et nous l'avons porté vers la maison du pouvoir et de l'argent, des frères et soeurs d’autres races et d’autres
langues, d’autres couleurs et de même coeur, protégèrent notre lumière et en elle burent leurs propres feux.
Vint le puissant pour nous éteindre de son souffle violent, mais notre lumière se grandit d’autres lumières. Le riche rêve d’éteindre la lumière source. C’est inutile, il y a beaucoup de lumières à présent, et toutes sont la source.
Le superbe veut éteindre une rébellion que son ignorance situe à l’aube de 1994. Mais la rébellion qui porte maintenant visage brun et langue véritable n’est pas née d’aujourd’hui. Avant, elle parla en d’autres langues, sur d’autres terres. Elle marcha dans bien des montagnes et bien des histoires, la révolte contre l’injustice. Elle a parlé déjà en langue náhuatl, en paipai, kiliwa, cucapa, cochimi, kumiai, yuma, séri, chontale, chinantèque, pamé, chichimèque, otomi, mazahua, matlazinca, ocuiltèque, zapotèque, soltèque, chatino, papabuco, mixtèque, cuicatèque, triqui, amuzgo, mazatèque, chocho, izcatèque, huavé, tlapanèque, totonaque, tepehua, popoluca, mixé, zoqué, huastèque, lacandon, maya, chol,tzeltal, tzotzil, tojolabal, mamé, téco, ixil, aguacatèque, motocintlèque, chicomuceltèque, kanjobal,jacaltèque, quiché, cakchiquel, ketchi, pima,tepehuan, tarahumara, mayo, yaqui, cahita, opata, cora, huichol, purépécha et kikapu. Elle parla et parle espagnol. La rébellion n’est pas affaire de langue, c’est affaire de dignité et d’être humains.
Si nous travaillons ils nous tuent, si nous vivons ils nous tuent. Il n’y a pas de place pour nous dans le monde du pouvoir. Si nous luttons ils nous tueront, mais ainsi nous nous ferons un monde où nous ayons tous notre place et puissions vivre tous sans la mort à la bouche. Ils veulent nous prendre la terre pour qu’il n’y ait plus de sol pour nos pas. Ils veulent nous voler l’histoire pour que l’oubli étouffe notre parole. Ils ne veulent pas de nous indiens. Ils nous veulent morts.
Pour le puissant, notre silence était son désir. En silence nous mourions, sans parole, nous n’existions pas. Nous avons lutté pour parler contre l’oubli, contre la mort, pour la mémoire et pour la vie. Nous luttons par peur de mourir la mort de l’oubli.
Parlant de son coeur indien, la Patrie retrouve dignité et mémoire.
Frères :
Le 1er janvier 1995, après avoir rompu l’encerclement militaire par lequel le mauvais gouvernement prétendait nous enfouir dans l’oubli et nous épuiser, nous avons appelé les
différentes forces et citoyens à construire un ample front d’opposition qui unisse les volontés démocratiques contre le système de parti d’État : le Mouvement pour la Libération Nationale.
Bien qu’à ses débuts cet effort d’unité oppositionnelle ait rencontré bon nombre de problèmes, il s’est poursuivi dans la pensée des hommes et des femmes qui ne se satisfont pas de voir leur
patrie livrée aux décisions du pouvoir et de l’argent étrangers. L’ample front d’opposition, après avoir suivi une route pleine de difficultés, incompréhensions et reculs, est sur le point de
concrétiser ses premiers projets et accords d’action conjointe. Le long processus de maturation de cet effort d’organisation devra atteindre sa plénitude au cours de l’année qui commence. Nous,
les zapatistes, saluons la naissance du Mouvement pour la Libération Nationale et désirons qu’entre ceux qui en fassent partie existe toujours la volonté d’unité et le respect des
différences.
Le dialogue était renoué avec le gouvernement suprême quand fut trahie la bonne volonté de l’EZLN dans la recherche d’une issue politique à la guerre commencée en 1994 . Feignant de vouloir le
dialogue, le mauvais gouvernement choisit lâchement la solution militaire et, avec des arguments maladroits et stupides, déclencha une grande persécution politique et militaire dont l’objectif
suprême était l’assassinat de la direction de l’EZLN. Les forces armées rebelles de l’EZLN résistèrent avec sérénité au coup de force de dizaines de milliers de soldats qui prétendaient, avec
les conseils de l’étranger et toute leur machinerie de mort moderne, noyer le cri de dignité qui surgissait des montagnes du Sud-Est Mexicain. Un repli ordonné permit aux forces zapatistes de
conserver leur puissance militaire, leur autorité morale, leur force politique et la raison historique qui est leur arme principale contre le crime fait gouvernement. Les grandes mobilisations
de la société civile nationale et internationale ont arrêté l’offensive traîtresse et obligé le gouvernement à revenir à la voie du dialogue et la négociation. Des dizaines de civils innocents
furent emprisonnés par le mauvais gouvernement et sont aujourd’hui encore emprisonnées, comme otages des terroristes qui nous gouvernent. Les forces fédérales n’ont eu d’autres victoires
militaires que la destruction d’une bibliothèque, d’une salle de réunions culturelles et d’une piste de danse et le pillage des maigres biens des indiens de la forêt Lacandone. Le gouvernement
couvrit d’un mensonge la tentative d’assassinat, avec la mascarade de la "récupération de la souveraineté nationale".
Oublieux de l’article 39 de la Constitution qu’il a jurée de défendre le 1er décembre 1994, le gouvernement suprême a réduit l’Armée Fédérale Mexicaine au niveau d’une armée d’occupation, lui a assigné la tâche de sauvegarder le crime organisé fait gouvernement et a voulu la lancer contre ses frères mexicains.
Pendant ce temps, la véritable perte de la souveraineté nationale se concrétisait en pactes secrets et publics du cabinet économique avec les maîtres de l’argent et les gouvernements étrangers.
Aujourd’hui, alors que des dizaines de milliers de soldats fédéraux agressent et harcèlent un peuple armé de fusils de bois et de mots de dignité, les plus hauts gouvernants achèvent de vendre
les richesses de la grande nation mexicaine et finissent de détruire le peu qui reste debout.
À peine commencé le dialogue auquel la société civile nationale et internationale l’obligeait, la délégation gouvernementale eut l’occasion de montrer clairement ses véritables intentions dans
la négociation de la paix. Les néo-conquistadors d’indiens qui dirigent l’équipe de négociation du gouvernement se distinguent par leur attitude arrogante, superbe, raciste et humiliante qui a
mené d’échec en échec les diverses réunions du dialogue de San Andrés. Pariant sur la fatigue et l’usure des zapatistes, la délégation gouvernementale s’efforça de son mieux d’obtenir la
rupture du dialogue, sûre qu’elle aurait alors des arguments pour recourir à la force et obtenir ainsi ce qu’il était impossible d’obtenir par la raison.
Voyant que le gouvernement refusait une approche sérieuse du conflit national que représente la guerre, l’EZLN prit une initiative de paix pour débloquer le dialogue et la négociation. Appelant la société civile à un dialogue national et international pour la recherche d’une paix nouvelle, l’EZLN convoqua la Consultation pour la Paix et la démocratie, pour entendre la pensée nationale et internationale sur ses demandes et son avenir.
Avec la participation enthousiaste des membres de la Convention Nationale Démocratique, le dévouement désintéressé de milliers de citoyens sans organisation mais anxieux de démocratie, la mobilisation des comités de soutien internationaux et des groupes de jeunes, et l’aide irréprochable des frères et soeurs d’Alianza Cívica Nacional, les mois d’août et septembre 1995 virent se dérouler un exercice de citoyenneté sans précédents dans l’histoire mondiale : une société civile et pacifique qui dialoguait avec un groupe armé et clandestin. Plus d’un million trois cent mille dialogues se réalisèrent pour faire de cette rencontre de volontés démocratiques une vérité. À l’issue de cette consultation, la légitimité des revendications zapatistes se vit ratifiée, l’ample front d’opposition, qui était en panne, reçut une nouvelle impulsion, et le désir s’exprima clairement de voir les zapatistes participer à la vie politique civile du pays. La grande participation de la société civile internationale attira l’attention sur la nécessité de construire des espaces de rencontre entre les volontés de changement démocratique qui existent dans différents pays. L’EZLN prit au sérieux les résultats de ce dialogue national et international et commença les travaux politiques et d’organisation nécessaires pour suivre le chemin qu’ils signalaient.
En réponse au succès de la Consultation pour la Paix et la Démocratie, les zapatistes ont lancé trois initiatives nouvelles. Une initiative internationale, qui appelle à réaliser une rencontre
internationale contre le néolibéralisme. Deux initiatives sont de caractère national : la formation de comités civils de dialogue comme base de discussion des principaux problèmes
nationaux et germe d’une nouvelle force politique non partidiste ; et la construction de nouveaux Aguascalientes, lieux de rencontre entre la société civile et le zapatisme.
Trois mois après ces trois initiatives, la convocation à la rencontre internationale pour l’humanité et contre le néolibéralisme est sur le point d’être lancée ; plus de 200 comités civils
de dialogue se sont formés dans toute la République mexicaine et, aujourd’hui même, s’inaugurent 5 nouveaux Aguascalientes : un dans la communauté de La Garrucha, un autre à Oventic, un à
Morelia, un à La Realidad, et le dernier, et premier, dans le coeur de tous les hommes et femmes honnêtes qui se trouvent au monde.
Au milieu des menaces et des carences, les communautés indiennes zapatistes et la société civile sont parvenues à édifier ces centres de résistance civile et pacifique qui seront des lieux de
défense de la culture mexicaine et mondiale.
Le Nouveau Dialogue National a passé son premier essai à l’occasion de la "Table 1" du Dialogue de San Andrés. Tandis que le gouvernement révélait son ignorance des habitants originaires de ces
terres, les conseillers et invités de l’EZLN jetaient les bases d’un dialogue si riche et si neuf qu’il dépassa immédiatement l’étroit réduit de San Andrés et se situa à sa place
véritable : la nation. Les indiens mexicains, ceux qu’on a toujours obligé à écouter, à obéir, à accepter, à se résigner, prirent la parole et dirent la sagesse qui marche dans leurs pas.
L’image de l’indien ignorant, pusillanime et ridicule, l’image que le pouvoir avait décrétée pour la consommation nationale, vola en éclats et l’orgueil et la dignité indiennes revinrent dans
l’histoire pour y prendre la place qui leur revient : celle de citoyens pleins et entiers.
Indépendamment des résultats de la première négociation d’accords à San Andrés, le dialogue engagé par les différentes ethnies et leurs représentants va continuer dans le Forum National Indien,
et aura le rythme et la portée que les indiens eux-mêmes voudront et décideront ensemble.
Sur la scène politique nationale, la redécouverte de la criminalité saliniste a ébranlé à nouveau le système de parti d’État. Les apologistes des contre-réformes salinistes, devenus amnésiques, sont maintenant les plus enthousiastes persécuteurs de celui à l’ombre duquel ils se sont enrichis. Le Parti Accion Nacional, le plus fidèle allié de Carlos Salinas de Gortari, a commencé à démontrer ses chances réelles de relever le PRI au sommet du pouvoir politique, et à montrer sa vocation de répression, d’intolérance et de réaction. Ceux qui voient avec espoir la montée du néopanisme oublient que la relève d’une dictature n’est pas nécessairement la démocratie, et applaudissent la nouvelle inquisition qui, avec sa grimace démocratique, finira par sanctionner dans la répression et l’hypocrisie les derniers soubresauts d’un pays qui fut l’étonnement du monde et n’est plus source que de scandales et rebondissements policiers. Les constantes, dans l’exercice du gouvernement, ont été la répression et l’impunité ; les massacres d’indiens dans les États du Guerrero, de Oaxaca, dans la Huastèque, ratifient la politique gouvernementale face aux indiens. ; l’autoritarisme de l’UNAM face au mouvement des CCH démontre la route de corruption qui mène de l’université à la politique. ; l’arrestation de dirigeants d’El Barzón est un exemple de plus de la trahison érigé en méthode de dialogue ; les bestialitÈs du Régent Espinosa testent le fascisme de rue à Mexico ; les réformes à la Loi de la Sécurité Sociale confirment la démocratisation de la misère et l’appui à la banque privatisée assure la vocation d’unité entre le pouvoir et l’argent. ; les crimes politiques sont insolubles parce qu’ils viennent de ceux qui disent les poursuivre ; la crise économique rend plus insultante encore la corruption des sphères gouvernementales. Gouvernement et crime sont, aujourd’hui, synonymes et équivalents.
Tandis que l’opposition véritable s’efforce pour trouver le centre dans une nation moribonde, de larges couches de la population renforcent leur scepticisme face aux partis politiques et
cherchent, sans la trouver encore, une option d’action politique nouvelle, une organisation politique de type nouveau.
Comme une étoile, l’héroïque et digne résistance des communautés indiennes zapatistes a illuminé l’année 95 et écrit une belle leçon dans l’histoire du Mexique. À Tepoztlán, avec les travailleurs de Sutaur-100, avec El BarzÛn, pour mentionner quelques lieux et mouvements, la résistance populaire a trouvé de dignes représentants.
En somme, l’année 1995 s’est caractérisée par la définition de deux projets de nation complètement différents et contradictoires.
D’un côté, le projet de pays qui détient le pouvoir, un projet qui implique la destruction totale de la nation mexicaine ; la négation de son histoire ; la vente de sa
souveraineté ; la trahison et le crime comme valeurs suprêmes ; l’hypocrisie et la tromperie comme méthode de gouvernement ; la déstabilisation et l’insécurité comme programme
national, et la répression et l’intolérance comme plan de développement. Ce projet trouve dans le PRI sa face criminelle et dans le PAN sa mascarade démocratique. De l’autre côté, le projet de
la transition à la démocratie, non par un pacte de transition avec le pouvoir qui feindrait un changement pour que rien ne change, mais la transition à la démocratie comme projet de
reconstruction du pays ; la défense de la souveraineté nationale ; la justice et l’espoir comme aspirations ; la vérité et le commandement qui obéit comme règles de
direction ; la stabilité et la sécurité que donnent la démocratie et la liberté ; le dialogue, la tolérance et l’inclusion comme nouvelle façon de faire de la politique.
Ce projet est en train de naître et il n’appartiendra ni à une force politique hégémonique ni au génie d’un individu, mais à un ample mouvement d’opposition qui recueille les sentiments de la
nation. Nous sommes au milieu d’une grande guerre qui a secoué le Mexique de la fin du XXe siècle. La guerre entre ceux qui prétendent perpétuer un régime social, culturel et
politique qui équivaut au délit de trahison de la patrie, et ceux qui luttent pour un changement démocratique, libre et juste. La guerre zapatiste n’est qu’une partie de cette grande guerre qui
est la lutte entre la mémoire qui aspire à l’avenir et l’oubli à vocation étrangère.
Une nouvelle société plurielle, tolérante, incluante, démocratique, juste et libre n’est possible, aujourd’hui, que dans une patrie nouvelle. Le pouvoir n’en sera pas le constructeur. Le pouvoir n’est désormais que l’agent de vente des décombres d’un pays détruit par les véritables subversifs et déstabilisateurs : les gouvernants.
Les projets d’opposition indépendante souffrent d’une carence qui devient, aujourd’hui, plus décisive : nous nous opposons à un projet de pays qui implique sa destruction, mais nous
manquons de la proposition d’une nouvelle nation, une proposition de reconstruction. Dans l’effort pour la transition à la démocratie, l’EZLN a été et reste une partie, non e tout ni
l’avant-garde. En dépit des persécutions et des menaces, par-delà les tromperies et les mensonges, forte de sa légitimité et de sa cohérence, l’EZLN poursuit sa lutte pour la démocratie, la
liberté et la justice pour tous les mexicains.
Aujourd’hui, la lutte pour la démocratie, la liberté et la justice au Mexique est une lutte pour la libération nationale.
Aujourd’hui, avec le coeur d’Emiliano Zapata, et après avoir écouté la voix de tous nos frères, nous appelons le peuple du Mexique à participer à une nouvelle étape de la lutte pour la libération nationale et la construction d’une nouvelle patrie, par cette...
par laquelle nous appelons tous les hommes et femmes honnêtes à participer à la nouvelle force politique nationale qui naît aujourd’hui : le Front Zapatiste de Libération Nationale, organisation civile et pacifique, indépendante et démocratique, mexicaine et nationale, qui lutte pour la démocratie, la liberté et la justice au Mexique. Le Front Zapatiste de Libération Nationale naît aujourd’hui et nous invitons à y participer les ouvriers de la République, les travailleurs de la campagne et de la ville, les indiens, les habitants des quartiers, les professeurs et les étudiants, les femmes mexicaines, les jeunes de tout le pays, les artistes et intellectuels honnêtes, les religieux conséquents, tous les citoyens mexicains qui veulent comme nous, non le pouvoir, mais la démocratie, la liberté et la justice pour nous et nos enfants.
Nous invitons la société civile, les sans-parti, le mouvement social et citoyen, tous les mexicains, à construire une nouvelle force politique. Une nouvelle force politique qui soit nationale. Une nouvelle force politique fondée sur l’EZLN.
Une nouvelle force politique qui participe d’un ample mouvement d’opposition, le Mouvement pour la Libération Nationale, lieu d’action politique citoyenne où confluent d’autres forces politiques d’opposition indépendante, espace de rencontre des volontés et de coordination des actions unitaires.
Une force politique dont les intégrants n’exercent, et n’aspirent à exercer, aucune charge d’élu ni aucun poste gouvernemental à aucun niveau. Une force politique qui n’aspire pas à la prise du pouvoir. Une force qui ne soit pas un parti politique.
Une force politique qui puisse organiser les demandes et propositions des citoyens pour que celui qui dirige, dirige en obéissant. Une force politique qui puisse organiser la solution des problèmes collectifs même sans l’intervention des partis politiques et du gouvernement. Pour être libres, pas besoin de demander la permission . La fonction de gouverner est prèrogative de la société et exercer cette fonction est son droit. Une force politique qui lutte contre la concentration de la richesse entre quelques mains et contre la centralisation du pouvoir. Une force politique dont les membres n’aient pas d’autres privilèges que la satisfaction du devoir accompli.
Une force politique organisée localement, par État et régionalement, qui grandisse à partir de la base, à partir de son support social. Une force politique née des comités civils de dialogue.
Une force politique qui se nomme Front parce qu’elle tente d’intégrer des efforts d’organisation non partidaires, a beaucoup de niveaux distincts de participation et beaucoup de formes de lutte.
Une force politique qui se nomme Zapatiste parce qu’elle naît avec l’espoir et le coeur indiens qui, avec l’EZLN, sont redescendus des montagnes mexicaines.
Une force politique qui se nomme De Libération Nationale parce qu’elle lutte pour la liberté de tous les mexicains et dans tout le pays.
Une force politique avec le programme de lutte des 13 points, ceux de la Première Déclaration de la Forêt Lacandone, enrichis
au long de deux années d’insurrection. Une force politique qui lutte contre le système de parti d’État. Une force politique qui lutte pour la démocratie en tout, et pas seulement pour les
élections. Une force politique qui lutte pour une nouvelle Constituante et une nouvelle Constitution. Une force politique qui lutte pour qu’il y ait partout justice, liberté et démocratie. Une
force politique qui ne lutte pas pour la prise du pouvoir politique mais pour la démocratie, celle où qui dirige, dirige en obéissant.
Nous appelons tous les hommes et les femmes du Mexique, les indiens et les non indiens, toutes les races qui forment la nation ; tous ceux qui sont d’accord pour lutter pour le droit
à : un toit, la terre, le travail, le pain, la santé, l’éducation, l’information, la culture, l’indépendance, la démocratie, la justice, la liberté, la paix ; tous ceux qui
comprennent que le système de parti d’État est l’obstacle principal à la transition à la démocratie au Mexique ; tous ceux qui savent que démocratie ne veut pas dire alternance au pouvoir
mais gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ; tous ceux qui sont d’accord pour que se fasse une nouvelle Constitution qui incorpore les principales demandes du peuple
mexicain et les garanties de l’application de l’article 39 à travers les figures du plébiscite et du référendum ; tous ceux qui n’aspirent ni ne prétendent à exercer des postes publics ou
d’élus ; tous ceux qui ont le coeur, la volonté et la pensée du côté gauche de la poitrine ; tous ceux qui veulent cesser d’être spectateurs et sont prêts à n’avoir aucun salaire ni
privilège, si ce n’est leur participation à la reconstruction nationale ; tous ceux qui veulent construire quelque chose de nouveau et de bon, pour qu’ils forment le Front Zapatiste de
Libération Nationale.
Avec l’unité organisée des zapatistes civils et des combattants zapatistes dans le Front Zapatiste de Libération Nationale, la lutte commencée le 1er janvier 1994 entrera dans une nouvelle étape. L’EZLN ne disparaît pas, mais son effort se concentrera sur la lutte politique. Le moment et les conditions venues, l’EZLN participera directement à la formation du Front Zapatiste de Libération Nationale.
Aujourd’hui, 1er janvier 1996, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale signe cette Quatrième Déclaration de la Forêt Lacandone. Nous invitons le peuple du Mexique à la contresigner.
Frères,
Beaucoup de mots marchent dans le monde. Beaucoup de mondes se font. Beaucoup de mondes nous font. Il y a des mots et des mondes qui sont mensonges et injustices. Il y a des mots et des mondes qui sont vérités et véritables. Nous faisons des mondes véritables. Nous sommes faits par des mots véridiques.
Dans le monde du puissant, il n’y a place que pour les grands et leurs serviteurs. Dans le monde que nous voulons, il y a place pour tous.
Le monde que nous voulons est fait de beaucoup de mondes, tous y ont place. Dans la Patrie que nous construisons, il y a place pour tous les peuples et leurs langues, que tous les pas y
marchent, que tous les rires la rient, que tous soient son aurore.
Nous disons l’unité, même quand nous nous taisons. Doucement et en pleuvant nous parlons les mots qui trouvent l’unité qui nous enlace dans l’histoire, pour rejeter l’oubli qui nous sépare et détruit.
Notre parole, notre chant et notre cri, montent pour que ne meurent plus les morts. Pour qu’ils vivent, nous luttons, pour qu’ils vivent, nous chantons.
Vive la parole. Vive le Ya Basta ! Vive la nuit qui se fait matin. Vive notre digne pas avec ceux, tous, qui pleurent. Pour détruire l’horloge de mort du puissant, nous luttons. Pour un nouveau temps de vie.
La fleur de la parole ne meurt pas, même si nos pas marchent en silence. La parole, en silence, se sème. Pour qu’elle fleurisse en cris elle se tait. La parole se fait soldat pour ne pas mourir
dans l’oubli. Pour vivre meurt la parole, semée pour toujours dans le ventre du monde. À naître et vivre, nous mourons. Nous vivrons toujours. Seuls ceux qui livrent leur histoire retourneront
à l’oubli.
Nous sommes toujours là. Nous ne nous rendons pas. Zapata est vivant et, en dépit de tout, la lutte continue.
Depuis les montagnes du sud-est mexicain
CCRI-CG de l’EZLN
Mexique, 1er janvier 1996.
" LE RÉVEIL MEXICAIN" LES LOIS REVOLUTIONNAIRES
Organe d'information de l'EZLN No 1, Mexique, décembre 1993
Éditorial
Mexicains ! Ouvriers, paysans, étudiants, profesionistas honnêtes, chicanos, progressistes d'autres pays, nous avons entrepris la lutte qu'il nous faut mener pour obtenir ce que l'État mexicain n'a jamais voulu nous aceorder : le travail, la terre, un toit, l’alimentation, la santé, l’éducation, l’indépendance la liberté, la démocratie, la justice et la paix.
Nous avons passé des centaines d'années à réclamer des promesses jamais tenues (et à y croire), on nous a toujours demandé d'être patients et de savoir attendre des temps meilleurs. On nous a conseillé la prudence, et on nous a promis que l'avenir serait différent. Or nous avons vu que non : tout est pareil ou pire que ce que vécurent nos grands-parents et nos parents. Notre peuple continue de mourir de faim et de maladies curables, en proie à l'ignorance, l'analphabétisme et l'inculture. Et nous avons compris que si nous ne nous battons pas, nos enfants à leur tour auraient à en passer par là. Et ça n'est pas juste.
Peu à peu, le besoin nous a rassemblés et nous avons dit : ÇA SUFFIT. Nous n'avons plus le temps, ni l'envie d'attendre que d'autres viennent résoudre nos problèmes. Nous nous sommes organisés et avons résolu D'EXIGER CE QUI NOUS EST DÛ LES ARMES À LA MAIN, ainsi que l'ont fait les meilleurs fils du peuple mexicain au long de son histoire. Nous n'avons plus le temps, ni l'envie d'attendre que d'autres viennent résoudre nos problèmes. Nous nous sommes organisés et avons résolu
Nous avons engagé les combats contre l'Armée fédérale et les autres forces de répression ; nous sommes des milliers de Mexicains prêts à VIVRE POUR LA PATRIE OU MOURIR.
POUR LA LIBERTÉ dans cette guerre nécessaire, pour tous les pauvres, les exploités et les miséreux du Mexique et nous n'arrêterons pas avant d'avoir atteint nos objectifs.
Nous vous exhortons à rejoindre notre mouvement, car l'ennemi que nous affrontons, les riches et l'État, cruel et sans pitié, ne mettra aucun frein à sa nature sanguinaire pour en finir avec nous. Il faut lui donner la réplique sur tous les fronts, et c'est pourquoi votre sympathie, votre appui solidaire, votre capacité à divulguer notre cause, à adhérer à nos idéaux, à prendre part à la révolution en encourageant vos concitoyens à se lever, où que vous soyez, seront des facteurs très importants jusqu au triomphe final.
LE RÉVEIL MEXICAIN est le journal de l'Armée zapatiste de Libération nationale, son rôle est d'informer notre peuple du déroulement de la juste guerre que nous avons déclarée à nos ennemis de classe. Dans ce premier numéro, nous présentons la Déclaration de guerre que nous adressons à l'Armée fédérale, et nous donnons les ordres auxquels doivent obéir les chefs et officiers des troupes de l'EZLN lors de leur progression sur le territoire national. Nous présentons aussi les Lois révolutionnaires qui s'instaureront, avec le soutien des peuples en lutte, dans les territoires libérés pour en garantir le contrôle révolutionnaire et seront les fondations sur lesquelles bâtir une nouvelle Patrie.
VIVRE POUR LA PATRIE OU MOURIR POUR LA LIBERTÉ
Instructions aux chefs et officiers de l'EZLN
Les ordres suivants doivent être obbligatoirement suivis par tous les chefs et officiers des troupes sous la direction de l'Armée zapatiste de Libération nationale.
- Premièrement : Vous opérerez en accord avec les ordres que vous recevrez du Commandement général ou des commandements du front de combat.
- Deuxièmement : Les chefs et officiers opérant militairement dans des zones isolées ou rencontrant des diffcultés de communication avec les commandements devront effectuer leurs tâches militaires, combattre constamment l'ennemi, selon leur propre initiative, en veillant à favoriser la progression de la révolution là où ils se trouvent.
- Troisièmement : Ils devront remettre des rapports de guerre à chaque fois que ce sera possible et au moins de façon mensuelle à leurs commandements respectifs.
- Quatrièmement : Il leur faudra, dans la mesure du possible, assurer le bon ordre des troupes, particulièrement lors de l'entrée dans des agglomérations, donnant toutes sortes de garanties quant à la vie et aux intérêts des habitants non ennemis de la révolution.
- Cinquièmement : Pour subvenir aux besoins matériels des troupes et tant que cela sera possible, ils devront imposer des contributions de guerre aux négociants et aux propriétaires dans la zone où ils opèrent, dans la mesure où ceux-ci disposent d'importants capitaux, conformément à la LOI SUR LES IMPÔTS DE GUERRE et aux lois révolutionnaires d'affectation de capitaux commerciaux, agricoles, financiers et industriels
- Sixièmement : Les fonds matériels ainsi recueillis seront intégralement consacrés aux nécessités matérielles des troupes. Le chef ou l'officier qui détournerait une partie de ces fonds à des fins personnelles, si petite fût-elle, sera fait prisonnier et jugé, selon le règlement de l'EZLN, par un tribunal militaire révolutionnaire.
- Septièmement : Concernant l'alimentation des troupes, la pâture des chevaux, le combustible et la réfection des véhicules, il faudra s'adresser à l'autorité démocratiquement élue des lieux concernés. Cette autorité recueillera parmi la population civile ce qu'il sera possible et nécessaire de recueillir pour l'unité militaire zapatiste, qu'elle remettra au chef ou au plus haut gradé de ladite unité et à lui seulement.
- Huitièmement : Seuls les officiers d'un grade égal ou supérieur à celui de major veilleront au remplacement des autorités des lieux tombés sous le pouvoir de la révolution, conformément à la volonté du peuple et selon les dispositions de la LOI DE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE qui s'y réfèrent.
- Neuvièmement : Les populations, en général, devront prendre possession de leurs biens en accord avec les Lois révolutionnaires. Les chefs ou officiers de l'EZLN offriront à ces populations leur soutien moral et matériel afin que soient appliquées ces Lois révolutionnaires, à condition que lesdites populations en fassent la demande - et seulement en ce cas.
Loi sur les impôts de guerre
- Dixièmement : Absolument personne ne pourra procéder à des entrevues ou élaborer des traités avec le gouvernement oppresseur ou ses représentants, sans l'autorisation préalable du Commandement général de l'EZLN.
Dans les zones contrôlées par l'EZLN s'appliquera la suivante LOI SUR LES IMPÔTS DE GUERRE qu'il faudra faire valoir avec la force morale, politique et militaire de notre organisation révolutionnaire.
- Premièrement : La LOI SUR LES IMPÔTS DE GUERRE entrera en vigueur dès qu'une unité militaire de l'EZLN opèrera sur un territoire spécifique.
- Deuxièmement : La LOI SUR LES IMPÔTS DE GUERRE concerne toute personne civile, nationale ou étrangère, établie ou de passage sur ledit territoire.
- Troisièmement : La LOI SUR LES IMPÔTS DE GUERRE n'est pas obligatoire pour les civils vivant de leurs propres ressources sans exploiter la moindre force de travail, et sans tirer un quelconque profit du peuple. Pour les paysans pauvres, les journaliers, les ouvriers, les employés et les sans-emploi, l'obéissance à cette loi est volontaire, et on ne les y astreindra d'aucune façon, ni moralement ni physiquement.
- Quatrièmement : La LOI SUR LES IMPÔTS DE GUERRE est obligatoire pour tous les civils qui vivent de l'exploitation de forces de travail ou qui tirent un quelconque profit du peuple dans leurs activités. Les petits, moyens et grands capitalistes de la campagne et de la ville pourront être astreints à se soumettre à cette loi sans exception, indépendamment de leurs obligations par rapport aux Lois révolutionnaires d'affectation de capitaux agricoles, commerciaux, financiers et industriels.
- Cinquièmement : Sont établis les suivants pourcentages d’imposition selon le travail de chacun :
a / - Pour les petits commerçants, les petits propriétaires, les ateliers et les petites industries, 7 % de leurs revenus mensuels. En aucune façon leurs moyens de production ne pourront être affectés au recouvrement de cet impôt.
b / - Pour les profesionistas,10 % de leurs revenus mensuels. En aucune façon les moyens matériels strictement nécessaires à l'exercice de leur profession ne pourront être affectés au recouvrement de cet impôt.
c / - Pour les moyens propriétaires, 15 % de leurs revenus mensuels. Leurs biens seront affectés selon les Lois révolutionnaires afférentes d'affectation de capitaux agricoles, commerciaux, financiers et industriels.
d / - Pour les grands capitalistes, 20 % de leurs revenus mensuels. Leurs biens seront affectés selon les Lois révolutionnaires afférentes d' affectation de capitaux agricoles, commerciaux, financiers et industriels.
- Sixièmement : Tous les biens confisqués aux forces armées de l'ennemi seront propriété de l'EZLN.
- Septièmement : Tous les biens obtenus des mains du gouvernement oppresseur par la Révolution seront propriété du gouvernement révolutionnaire, selon les lois du gouvernement révolutionnaire.
- Huitièmement : Sont abolis tous les impôts et taxes du gouvernement oppresseur, ainsi que les dettes en argent ou en nature auxquelles le peuple exploité de la campagne et de la ville est assujetti par les gouvernants et les capitalistes.
- Neuvièmement : Tous les impôts de guerre recueillis par les Forces armées révolutionnaires ou par le peuple organisé deviendront propriété collective des populations locales et seront administrés, selon la volonté populaire, par les autorités civiles démocratiquement élues, qui ne remettront à l'EZLN que le strict nécessaire pour répondre aux besoins matériels des troupes régulières et pour la perpétuation du mouvement libérateur conformément à la LOI DES DROITS ET DES DEVOIRS DES POPULATIONS EN LUTTE.
- Dixièmement : Aucune autorité, civile ou militaire, qu'elle dépende du gouvernement oppresseur ou des Forces révolutionnaires, ne pourra prélever, pour son bénéfice personnel ou celui de sa famille, la moindre partie de ces impôts de guerre.
Loi des droits et des devoirs des populations en lutte
Au cours de sa progression libératrice sur le territoire mexicain et dans sa lutte contre le gouvernement oppresseur et les grands exploiteurs nationaux et étrangers, l'EZLN fera valoir, avec le soutien des populations en lutte, la suivante Loi des droits et des devoirs des populations en lutte :
- Premièrement : Les populations en lutte contre le gouvernement oppresseur et les grands exploiteurs nationaux et étrangers, quelles que soient leur appartenance politique, religieuse, leur race ou leur couleur, bénéficieront des DROITS suivants :
a/ - D'élire librement et démocratiquement leurs autorités sous la forme qu'elles considéreront opportune, et d’exiger que celles-ci soient respectées.
b/ - D'exiger des Forces armées révolutionnaires qu'elles n'interviennent pas dans les affaires d ordre civil ou dans l'affectation des capitaux agricoles, commerciaux, financiers et industriels qui relèvent de la compétence exclusive des autorités civiles librement et démocratiquement élues.
c/ - D'organiser et d'exercer la défense armée de leurs biens collectifs et particuliers, ainsi que d'organiser et d'exercer le maintien de l’ordre public et du bon gouvernement selon la volonté populaire.
d/ - D'exiger des Forces armées révolutionnaires qu'elles assurent la sécurité de personnes, de familles et de propriétés particulières, de collectivités de voisins et de personne de passage, dans la mesure où ce ne sont pas des ennemis de la révolution.
e/ - Les habitants de toute agglomération ont le droit d'acquérir et de posséder des armes pour défendre leur personne, leur famille et leurs biens, conformément aux lois d'affectation des capitaux agricoles, commerciaux, financiers et industriels, contre les attaques ou les attentats que commettraient ou prétendraient commettre les Forces armées révolutionnaires ou celles du gouvernement oppresseur.
De la même manière, ils sont amplement fondés à faire usage de leurs armes contre tout homme ou groupe d'hommes qui s'en prendraient à leur foyer, à l'honneur de leur famille ou tenteraient de les voler ou de porter tout type d'atteinte à leur personne. Cela ne vaut que pour ceux qui ne sont pas ennemis de la révolution.
- Deuxièmement : Les autorités civiles de tout type démocratiquement élues, auront, en plus des droits précédents et des attributions que leur confèrent les lois révolutionnaires les DROITS suivants
a/ - Ils pourront emprisonner, désarmer et remettre à leur commandement quiconque sera surpris en train de cambrioler de violer ou de saccager un domicile, ou en train de commettre tout autre délit, afin qu'il reçoive le châtiment qu'il mérite y compris s'il s'agit d'un membre des Forces armées révolutionnaires. Il en ira de même pour ceux qui auraient commis de tels délits, même s'ils n'ont pas été pris sur le fait, dans la mesure où leur culpabilité sera suffisamment établie.
b / - Ils auront le droit de procéder au recouvrement des impôts révolutionnaires établis par la LOI DES IMPÔTS DE GUERRE.
- Troisièmement : Les populations en lutte contre le gouvernement oppresseur et les grands exploiteurs nationaux et étrangers, quelles que soient leur appartenance politique, religieuse, leur race ou leur couleur, seront tenues aux DEVOIRS suivants :
a / - Offrir leur concours aux tâches de surveillance décidées par volonté majoritaire ou par les nécessités militaires de la guerre révolutionnaire.
b / - Répondre à l' appel des autorités démocratiquement élues des Forces armées révolutionnaires ou de tout militaire révolutionnaire en cas d'urgence à combattre l'ennemi.
c / - Offrir leur concours pour l' acheminement du courrier ou en tant que guides des Forces armées révolutionnaires.
d / - Offrir leur concours pour porter des vivres aux troupes révolutionnaires lorsqu'elles sont au combat contre l'ennemi.
e / - Offrir leur concours pour le transport de blessés, l'enterrement de cadavres, et autres travaux de même nature relatifs à l'intérêt de la révolution.
f / - Procurer des vivres et l'hébergement aux Forces armées révolutionnaires, qu'elles soient en garnison ou de passage dans leur agglomération et dans la mesure de leurs possibilités.
g / - Payer les immpôts et les contributions établies par les LOIS SUR LES IMPOTS DE GUERRE et les autres Lois révolutionnaires.
h / - Elles ne devront en aucune façon aider l'ennemi ni lui fournir de produits de première nécessité.
i / - Se consacrer â un travail licite.
- Quatrièmement : Les autorités civiles de tout type, démocratiquement élues, auront, en plus des devoirs précédents, les OBLIGATIONS suivantes :
a / - Rendre compte régulièrement à la population des activités liées à leur mandat ainsi que de la provenance et de l'affectation de toutes les ressources matérielles et humaines placées sous leur administration.
b / - Informer régulièrement leur commandement des Forces armées révolutionnaires des nouveaux événements qui se produisent sur leur territoire.
Loi des droits et des devoirs des Forces armées révolutionnaires
Les Forces armées révolutionnaires de l'EZLN, dans leur lutte contre le gouvernement oppresseur et les grands exploiteurs nationaux et étrangers, et au cours de leur progression libératrice sur le territoire mexicain, s'engagent à respecter et faire respecter la suivante LOI DES DROITS ET DES DEVOIRS DES FORCES ARMÉES RÉVOLUTIONNAIRES :
- Premièrement : Les troupes révolutionnaires de l'EZLN, dans leur lutte contre l'oppresseur ont les DROITS suivants :
a / - Les troupes qui transitent ou séjournent dans une agglomération auront le droit de recevoir de la population, par l'intermédiaire des autorités démocratiquement élues, le logement, les vivres et les moyens d'accomplir leurs missions militaires, et cela dans la mesure des capacités des habitants de ladite agglomération.
b / - Les troupes qui, sur ordre de leur commandement, s'établiraient en un lieu précis auront le droit de recevoir le logement, les vivres et des moyens, conformément aux dispositions de l'alinéa a/ de cet article.
c / - Les chefs, officiers et soldats qui constateraient qu'une autorité n'applique pas les dispositions des Lois révolutionnaires et se dérobent à la volonté populaire auront le droit de dénoncer cette autorité auprès de leur gouvernement révolutionnaire.
- Deuxièmement : Les troupes révolutionnaires de l'EZLN dans leur lutte contre l'oppresseur, ont les DEVOIRS suivants :
a / - Faire en sorte que les populations qui n'ont pas encore nommé librement et démocratiquement leurs autorités procèdent immédiatement à la libre élection de celles-ci, sans intervention des forces armées, qui, sous la responsabilité de leurs dirigeants militaires, laisseront faire la population sans exercer la moindre pression.
b / - Respecter les autorités civiles librement et démocratiquement élues.
c / - Ne pas intervenir dans les affaires civiles et laisser agir librement les autorités civiles dans ces affaires.
d / - Respecter le commerce ltsgal en accord avec les Lois révolutionnaires s'y référant.
e / - Respecter les répartitions agricoles réalisées par le Gouvernement révolutionnaire.
f / - Respecter les règlements, coutumes et accords des populations et s'y soumettre dans les cas de relations entre militaires et civils.
g / - Ne pas imposer les habitants, sous aucune forme ni prétexte, sur l'utilisation de leurs terres et de leurs eaux.
h / - Ne pas s'approprier les terres de la population ou des grandes propriétés confisquées à l'oppresseur pour leur bénéfice personnel.
i / - Respecter toutes les lois et les règlements émis par le Gouvernement révolutionnnaire.
j / - Ne pas exiger de la population des services personnels ou des travaux pour le bénéfice personnel. k / - Dénoncer les subordonnés qui commettraient un délit, les capturer et les remettre à un Tribunal militaire révolutionnaire afin qu'ils y reçoivent un juste châtiment.
l / - Respecter la justice civile.
m / - Les chefs et officiers seront responsables devant leurs commandements respectifs des abus et des délits de leurs subordonnés qu'ils n'auront pas livrés aux Tribunaux militaires révolutionnaires.
n / - Faire la guerre à l'ennemi jusqu'à ce qu'il soit définitivement chassé du territoire convoité ou totalement anéanti.
Loi agraire révolutionnaire
Les paysans démunis en lutte au Mexique continuent de réclamer la terre pour ceux qui la travaillent. Après Emiliano Zapata et contre la réforme de l'article 271 de la Constitution mexicaine l'EZLN reprend la juste lutte de la campagne mexicaine pour la terre et la liberté. Afin de réglementer la nouvelle répartition agraire qu'apporte la révolution sur les terres mexicaines est établie la suivante LOI AGRAIRE RÉVOLUTIONNAIRE :
- Premièrement. - Cette loi vaut pour tout le tenitoire mexicain et bénéficie à tous les paysans démunis et aux journaliers agricoles mexicains, sans distinction d'appartenance politique ou religieuse, de sexe, de race ou de couleur.
- Deuxièmement. - Cette loi concerne toutes les propriétés et les entreprises agricoles nationales ou étrangères sur le territoire mexicain.
- Troisièmement. - Sera sujette à affectation agraire révolutionnaire toute étendue de terrain excédant 100 hectares en mauvais état ou 50 hectares en bon état. Les propriétaires dont les terres excèdent les limites mentionnées ci-dessus seront dépossédés de leurs excédents et conserveront le minimum autorisé par cette loi ; ils pourront rester petits propriétaires ou se joindre au mouvement paysan de coopératives, de sociétés paysannes ou de terres communales.
- Quatrièmement. - Ne feront pas l'objet d'affectation agraire les terres communales, ejidos2 ou terrains appartenant aux coopératives populaires, y compris si elles dépassent les limites mentionnées dans l'article 3 de cette loi.
- Cinquièmement. - Les terres affectées par cette loi seront réparties entre les paysans sans terre et les journaliers agricoles qui en feront la demande, sous forme de PROPRIÉTÉ COLLECTIVE par la formation de coopératives, de sociétés paysannes ou de collectifs de production agricole et d'êlevage. Les terres ainsi affectées devront être travaillées en collectivité.
- Sixièmement. - Dans le cadre de cette répartition bénéficient d'un DROIT PRIORITAIRE les collectivités de paysans pauvres sans terre et de journaliers agricoles, hommes, femmes et enfants, qui pourront prouver qu'ils ne possèdent pas de terre ou alors de mauvaise qualité.
- Septièmement. - Pour l'exploitation de la terre au bénéfice des paysans pauvres et des journaliers agricoles, les affectations des grandes propriétés et des monopoles agricoles incluront les moyens de production tels que les machines, les fertilisants, les entrepôts, les ressources financières, les produits chimiques et l'assistance technique.Tous ces moyens doivent passer aux mains des paysans pauvres et des journaliers agricoles avec une considération spéciale pour les groupes organisés en coopérative, en collectivité et en société.
- Huitièmement. - Les groupes bénéficiant de cette Loi agraire devront se consacrer de préférence à la production collective des aliments nécessaires au peuple mexicain : maïs, haricots, légumes frais et fruits, ainsi qu'à l'élevage bovin, apicole, ovin, porcin et chevalin, ou encore aux produits dérivés (viande, lait, oeufs, etc.).
- Neuvièmement. - En temps de guerre, une partie de la production des terres concernées par la présente loi sera destinée au soutien des orphelins et des veuves de combattants révolutionnaires et au soutien des Forces révolutionnaires.
- Dixièmement. - L'objectif de la production collective est de satisfaire en premier lieu les nécessités du peuple, de former chez ceux qui en bénéficient la conscience collective du travail et de ses bienfaits et de créer des unités de production, de défense et d'entraide dans les campagnes mexicaines. Lorsqu'une région ne produit pas une certaine chose, on procèdera à l'échange avec une autre région qui le fait, dans des conditions de justice et d'équité. Les excédents de production pourront être exportés vers d autres pays s'il n'y a pas de demande nationale pour le produit concerné.
- Onzièmement. - Les grandes entreprises agricoles seront expropriées et passeront aux mains du peuple mexicain ; elles seront administrées collectivement par les travailleurs eux-mêmes. Les machines de labourage, de moissonnage, les semailles, etc., actuellement inutilisées dans les usines, les magasins ou ailleurs, seront distribuées entre les collectifs ruraux, afin d'amener à une production extensive de la terre et de commencer à éradiquer la faim du peuple.
- Douzièmement. - L'accaparement individuel des terres et des moyens de production ne sera pas toléré.
- Treizièmement. - Les zones de jungle vierge et les forêts seront préservées, et des campagnes de reboisage seront menées dans les zones principales.
- Quatorzièmement. - Les sources, rivières, lacs et mers sont propriété collective du peuple mexicain et seront entretenus en les préservant de la pollution et en punissant leur mauvaise utilisation.
- Quinzièmement. - Au bénéfice des paysans pauvres et des journaliers agricoles, en plus de la répartition agraire que la présente loi établit, seront créés des centres de commerce qui achèteront à juste prix les produits du paysan et vendront à juste prix les marchandises dont il a besoin pour vivre dignement. Seront créés des centres de santé communautaire dotés de tous les progrès de la médecine moderne, avec des médecins et des infirmières habilités et consciencieux, et avec des médicaments gratuits pour le peuple. Seront créés des centres de loisirs pour que les paysans et leurs famillcs profitent d'un repos digne, sans buvette ni maison de prostitution. Seront créés des centres d'éducation et des écoles gratuites où les paysans et leurs familles pourront s'éduquer, sans distinction d'âge, de sexe, de race ou d'appartenance politique, et apprendre les techniques nécessaires à leur développement. Seront créés des centres de construction de logements et de routes avec des ingénieurs, des architectes et les matériaux nécessaires afin que les paysans puissent avoir un logement digne et de bonnes routes pour les transports. Seront créés des centres de services pour garantir aux paysans et à leurs familles l'électricité, les canalisations d'eau potable, le drainage, la radio et la télévision, en plus de tout l'équipement nécessaire pour faciliter le travail domestique, radiateurs, réfrigérateurs, machines à laver, moulins à maïs, etc.
- Seizièmement. - Seront exemptés d'impôts les paysans travaillant collectivement, les détenteurs d'ejidos, les coopératives et les terres communales.
À PARTIR DE L'ENTRÉE EN VIGUEUR DE CETTE LOI AGRAIRE RÉVOLUTIONNAIRE SONT ABOLIES TOUTES LES DETTES ISSUES DE CRÉDITS, D'IMPÔTS OU DE PRÊTS CONTRACTÉS PAR LES PAYSANS PAUVRES ET LES JOURNALIERS AGRICOLES AUPRÈS DU GOUVERNEMENT OPPRESSEUR, DE L ÉTRANGER OU DES CAPITALISTES.
Loi révolutionnaire sur les femmes
Dans sa juste lutte pour la libération de notre peuple, l'EZLN incorpore les femmes au Mouvement révolutionnaire sans distinction de race, de croyance, de couleur ou d'appartenance politique, avec pour seule condition qu'elles fassent leurs les revendications du peuple exploité et son engagement à faire respecter les lois et règlements de la révolution. En outre, prenant en compte la situation de la travailleuse au Mexique, sont intégrées ses justes revendications d'égalité et de justice dans la suivante LOI RÉVOLUTIONNAIRE SUR LES FEMMES :
- Premièrement : Les femmes, sans distinction de race, de croyance, de couleur ou d'appartenance politique, ont le droit de participer à la lutte révolutionnaire aux lieux et degrés que déterminent leur volonté et capacité.
- Deuxièmement : Les femmes ont le droit de travailler et de percevoir un juste salaire.
- Troisièmement : Les femmes ont le droit de décider du nombre d'enfants qu'elles désirent et dont elles peuvent s'occuper.
- Quatrièmement : Les femmes ont le droit de participer aux affaires de la communautê et d'y remplir des fonctions officielles si elles sont librement et démocratiquement élues.
- Cinquièmement : Les femmes et leurs enfants ont droit à une ATTENTION PRIORITAIRE concernant la santé et l'alimentation.
- Sixièmement : Les femmes ont droit à l'éducation.
- Septièmement : Les femmes ont le droit de choisir librement leur conjoint ainsi que celui de ne pas être contraintes au mariage.
- Huitièmement : Aucune femme ne pourra être battue ou physiquement maltraitée, que ce soit par sa famille ou par des étrangers. Les délits de viol ou de tentative de viol seront sévèrement punis.
- Neuvièmement : L,es femmes pourront occuper des fonctions de direction dans l'organisation et obtenir des grades militaires dans les Forces armées révolutionnaires.
- Dixièmement : Les femmes auront tous les droits et les devoirs contenus dans les lois et les règlements rêvolutionnaires.
Loi de réforme urbaine
Dans les zones urbaines contr6lées par l'Armée zapatiste de Libération nationale entrent en vigueur les lois suivantes afin de procurer un logement digne aux familles démunies.
- Premièrement : Les habitants propriétaires de leur maison ou de leur appartement cesseront de payer l'impôt foncier.
- Deuxièmement : Les locataires qui occupent leur logement depuis plus de quinze ans cesseront de payer leur loyer jusqu'au triomphe du Gouvernement révolutionnaire et l'établissement d'une nouvelle législation.
- Troisièmement : Les locataires qui occupent un logement depuis moins de quinze ans se contenteront de payer 10 % des revenus du chef de famille, qu'ils cesseront de payer une
fois atteint le seuil des quinze ans d'oceupation du même endroit.
- Quatrièmement : Les lots urbains déjà équipés des services publics pourront être immédiatement occupés, ce qui sera signalé aux autorités civiles librement et démocratiquement élues, pour y construire des logements, même de forme provisoire.
- Cinquièmement : Les bâtiments publics vides et les grandes demeures pourront être occupés de façon provisoire par plusieurs familles après qu'on y aura établi des séparations intérieures. Pour cela, les autorités civiles nommeront des comités de voisins, qui effectueront les sélections entre les candidatures et attribueront les autorisations d'occupation selon les besoins et les moyens disponibles.
Loi du travail
Les lois suivantes s'ajouteront à la Loi fédérale du travail en vigueur dans les zones contrôlées par l'EZLN.
- Premièrement : Les entreprises étrangères paieront leurs employés en monnaie nationale au tarif horaire équivalent à celui qu'elles pratiquent en dollars à l'étranger.
- Deuxièmement : Les entreprises nationales devront augmenter les salaires de façon mensuelle selon le pourcentage que déterminera une Commission locale des prix et des salaires. Cette commission comprendra des représentants des travailleurs, des fermiers, des patrons, des commerçants et des autorités librement et démocratiquement élues.
- Troisièmement : Tous les travailleurs de la campagne et des villes bénéficieront d'une assistance médicale gratuite dans tout centre de santé, hopital ou clinique, public ou privé. Les dépenses médicales seront à la charge du patron.
- Quatrièmement : Tous les travailleurs auront le droit d'obtenir de l'entreprise pour laquelle ils travaillent une part d'actions incessibles, proportionnelle au nombre d'années d'ancienneté en supplément de leur traitement actuel. La valeur monétaire de ces actions pourra être exploitée à sa retraite par le travailleur, sa femme ou un bénéficiaire.
Loi sur l'industrie et le commerce
- Premièrement : Les prix des produits de base seront régulés par une Commission locale des prix et des salaires. Cette commission comprendra des représentants des travailleurs, des fermiers, des patrons, des eommerçants et des autorités librement et démo-
cratiquement élues.
- Deuxièmement : L'accaparement d'un quelconque produit est interdit. Les accapareurs seront arrêtés et remis aux autorités militaires sous l'accusation de délit de sabotage et de trahison envers la Patrie.
- Troisièmement : Le magasin d'une localité devra assurer le ravitaillement en tortillas et en pain pour tous en temps de guerre.
- Quatrièmement : Les entreprises et les commerces jugés improductifs par leurs patrons qui souhaiteraient les fermer et emporter les machines et les matières premières passeront aux mains des travailleurs pour leur administration, les machines devenant propriété de la nation.
Loi sur la sécurité sociale
- Premièrement : Les enfants abandonnés seront alimentés et protégés par les plus proches voisins aux frais de l'EZLN avant d'être remis aux autorités civiles qui les prendront en charge jusqu' à l' âge de treize ans.
- Deuxièmement : Les personnes âgées sans famille seront protégées et seront prioritaires pour l'attribution d'un logement et de coupons d'alimentation gratuite.
- Troisièmement : Les mutilés de guerre recevront des soins et du travail en priorité, aux frais de l'EZLN.
- Quatrièmement : La pension des retraités équivaudra au salaire minimum établi par les commissions locales des prix et des salaires.
Loi sur la justice
- Premièrement : Tous les détenus en prison seront libérés, à l'exception des assassins, des violeurs et des dirigeants du trafic de drogue.
- Deuxièmement : Tous les gouvernants, du président municipal jusqu'au président de la République, seront soumis à des auditions et jugés pour malversation de capitaux s'il existe des éléments de culpabilité.
VIVRE POUR LA PATRIE
OU MOURIR POUR LA LIBERTE
Armée zapatiste de libération nationale
Mexique.
Deuxième déclaration de la forêt de Lancadone
Aujourd'hui nous disons : "Nous ne nous rendrons pas !".
"... Il n'y a pas que ceux qui portent l'épée, qui font couler le sang et projettent des éclairs fugaces de gloire militaire qui sont voués à désigner le personel du gouvernement d'un peuple qui veut se démocratiser ; ce droit appartient aussi aux citoyens qui ont lutté dans la presse et à la tribune, qui se sont identifiés aux idéaux de la Révolution et on combattu le despotisme qui violent nos lois ; parce que ce n'est pas seulement en tirant des projectiles sur les champs de bataille que l'on balaie les tyrannies ; c'est aussi en lançant des idées rédemptrices, des phrases de libertés et des anathèmes terribles sur les bourreaux du peuple que s'effondrent les dictatures, que s'effondrent les empires (...) et si les faits historiques nous démontrent que la destruction de toute tyrannie, que le renversement de tout mauvais gouvernement est l'oeuvre conjointe de l'idée et de l'épée, c'est une abberation, c'est un despotisme inouï que de vouloir faire une ségrégation entre les éléments sains pleinements conscient de leurs droits, que ce soit les civils ou des personnes accidentalement armées, mais qui aiment la liberté et la justice et oeuvrent pour le bien de la Patrie".
Emiliano Zapata par la voix de Paulino Martinez
Aux peuple du Mexique
Aux gouvernement du monde
Frères :
L'armée zapatiste de libération nationale, sur le pied de guerre contre le mauvais gouvernement depuis le 1er janvier 1994, s'adresse à vous pour vous faire connaitre sa pensée :
I
Frères mexicains
En décembre 1993, nous avons dit, "CA SUFFIT". Le 1er janvier 1994, nous avons appelés les Pouvoirs législatif et executif à assumer leurs responsabilité constitutionnelle, afin d'empécher la politique génocide que le Pouvoir fédéral impose à notre peuple, et nous nous reposions alors sur notre droit constitutionnel à appliquer l'article 39 de la constitution politique des Etats-Unis du Mexique:
"La souveraineté nationale réside essentiellement et originellement dans le peuple. Tout pouvoir publique émane du peuple et ne s'institue qu'au profit de celui-ci. Le peuple possède, de tout temps, le droit inaliénable de transformer ou de modifier la forme de son gouvernement"
A cet appel, il a été répondu par la politique de l'extermination et du mensonge, les pouvoirs de l'Union ont ignoré notre juste revendication et permis le massacre. Mais ce cauchemar n'a duré que douze jours puisqu'une autre force, supérieure à tout pouvoir politique, s'est imposée aux parties en conflit. La Société civile a assumé le devoir de préserver notre Patrie, elle a manifesté son désaccord avec le massacre et a forcé au dialogue : nous avons tous compris que les jours de l'éternel parti au pouvoir, qui recèle à son bénéfice le produit du travail de tous les Mexicains, ne pouvait encore se prolonger; que le présidentialisme sur lequel il repose empêche la liberté et ne doit pas être autorisé, que la culture de la fraude est la méthode par laquelle il s'impose et empêche toute démocratie, que la justice n'existe que pour les corrompus et les puissants, qu'il nous faut faire en sorte que celui qui commande le fasse en obéissant, qu'il n'y a pas d'autre chemin.
Cela tout les Mexicains honnêtes et de bonne foi, la Société civile, l'ont compris; seuls s'y opposent ceux qui ont fondé leur succès sur le pillage du Trésor public, ceux qui protègent en prostituant la justice, les trafiquants et les assassins, ceux qui usent de l'assassinat politique et de la fraude électorale pour s'imposer.
Seuls, ces fossiles politiques prévoient à nouveau de faire machine arrière dans l'histoire Mexicaine et d'effacer de la concience nationale le cri que tout le pays a repris à son compte depuis
le 1er janvier 1994: CA SUFFIT!
Mais nous ne laisserons pas faire. Aujourd'hui, nous n'en appelons pas aux pouvoirs déchus de l'Union, qui n'ont pas su accomplir leur devoir constitutionnel, et ont laissé l'éxecutif fédéral les contrôler. Si cette Législature et les magistrats ont manqué, d'autres viendront qui comprendront qu'ils doivent servir leur peuple et pas un individu; notre appel dépasse le sextennat ou l'élection présidentielle qui approche. C'est en la société civile que réside notre souveraineté, c'est le peuple qui peut à tout moment altérer ou modifier notre forme de gouvernement et il l'a déjà assumé. C'est à lui que nous lançons un appel dans cette :
Deuxième Déclaration de la Jungle Lancadone
Pour lui dire :
Frères mexicains
Une fois la guerre lancée, en janvier 1994, le cri organisé du peuple mexicain a interrompu l'affrontement et l'on a appelé les parties adverses au dialogue. Aux justes revendications de l'EZLN, le Gouvernement fédéral a répondu par une série de propositions qui ne touchaient pas à l'essentiel du problème : l'absence de justice, de liberté et de démocratie sur les terres mexicaines.
La limite du respect des propositions du Gouvernement fédéral aux revendications de l'EZLN est celle que se fixe lui-même le système du parti au pouvoir. Ce système est celui qui a rendu possible le fait que dans les campagnes mexicaines subsiste et se superpose au pouvoir constitutionel dont les racines permettent le maintien du parti en place. C'est ce système de complicité qui rend possibles l'existence et la béligérance de féodalités, l'omnipotence des éleveurs et des commercants et la pénétration du trafic de drogues...La simple énonciation des propositions pour une paix digne au Chiapas a provoqué de grands remous, et le défi de déclaré de ces secteurs. Le système politique à parti unique tente de manoeuvrer dans l'horizon étroit que lui impose son existence en tant que tel : il ne peut s'empêcher de toucher à ces secteurs sans attenter à lui-même et il ne peut laisser les choses en l'état sans voir croître le bellicisme des paysans et des Indigènes. En définitive : l'application des propositions implique, nécessairement la mort de l'actuel système du parti-Etat. Que ce soit par suicide ou fusillade, la mort du système politique mexicain actuel est une condition nécessaire, quoique pas suffisante, à la transition démocratique dans notre pays. Le Chiapas ne connaîtra pas de réelle solution sans solution pour le Mexique.
L'EZLN a compris que le problème de la pauvreté mexicaine n'est pas le seul manque de ressources. Plus encore son apport fondamental est de comprendre et d'établir que tout effort, dans un sens ou dans tout les sens ne fera que repousser le problème si ces efforts ne se font pas dans un cadre nouveau de relations politiques nationales, régionales et locales : un cadre de Démocratie, Liberté et Justice. Le problème ne constistera pas à savoir qui est titulaire du pouvoir mais qui l'exerce. Si le pouvoir est exercé par la majorité, les partis politiques se verront forcés à se confronter à cette majorité et pas entre eux.
Reposer le problème du pouvoir dans ce cadre de Démocratie, de Liberté et de Justice obligera à l'émergence d'une nouvelle culture politique au sein des partis. Une nouvelle classe de politicien devra naître, et sans aucun doute, des partis politiques d'un nouveau genre également.
Nous ne proposons pas un monde nouveau, tout juste une étape bien antérieure : l'antichambre du nouveau Mexique. En ce sens cette révolution n'aboutira pas à une nouvelle classe, à un fragment de classe ou à un nouveau groupe au pouvoir mais à un "espace" libre et démocratique de lutte politique. Cet "espace" libre et démocratique naîtra sur le cadavre malodorant du système de parti-état et de présidentialisme. Un nouveau rapport politique naîtra. Une nouvelle politique dont la base ne sera pas une confrontation entre organisations politiques, mais la confrontation de leurs propositions politiques avec les différentes classes sociales, car c'est du soutien REEL de celles-ci que dépendra la détention du pouvoir politique, pas son exercice. Dans cette nouvelle relation politique, les différentes proposition de système et d'orientation (socialisme, capitalisme, social-démocratie, libéralisme, démocratie chrétienne etc...) devront convaincre la majorité de la nation que leur programme est le meilleur pour le pays. Mais pas seulement cela, ils se sauront également "surveillés" par ce pays qu'ils conduiront de manière à être obligés à rendre des comptes réguliers, et dépendront du bon vouloir de la nation concernant leur permanence au pouvoir ou leur remplacement. Le plébiscite est une forme réglée de confrontation Pouvoir-Parti politique-Nation et mérite une place significative dans la Loi suprême du pays.
La législation mexicaine actuelle est trop étroite pour ces nouveaux rapports politiques entre gouvernants et gouvernés. Il faut une CONVENTION NATIONALE DEMOCRATIQUE dont émanera un GOUVERNEMENT PROVISOIRE ou de TRANSITION que ce soit par démission de l'exécutif fédéral ou par voie électorale.
LA CONVENTION NATIONALE DEMOCRATIQUE ET LE GOUVERNEMENT DE TRANSITION doivent déboucher sur une nouvelle Carta Magna dans le cadre de laquelles seront organisées de nouvelles élections. Les souffrances qu'un tel processus signifiera pour le pays seront toujours moindres comparées au tort que causerait une guerre civile. La prophétie du Sud-Est vaut pour tout le pays, nous pouvons déjà tirer les enseignements de ce qui s'est passé et rendre moins douloureux l'accouchement du nouveau Mexique.
L'EZLN a une idée d'un système et d'une direction pour le pays. La maturité politique de l'EZLN, sa majorité d'âge en tant que représentant du sentiment d'une partie de la Nation, réside dans le
fait de ne pas vouloir imposer sa conception au pays. L'EZLN réclame ce qui est évident pour elle même : la majorité d'âge du Mexique et le droit de décider, librement et démocratiquement, du cap
à suivre. De cette antichambre historique, ne sortira pas seulement un Mexique plus juste et meilleur, mais aussi un Mexicain nouveau. Sur cela nous misons notre vie : faire hériter les Mexicains
d'après-demain d'un pays où l'on n'ai pas honte de vivre...
L'EZLN, dans un exercice démocratique sans précédent au sein d'une organisation armée, a consulté ses membres sur la signature ou le rejet de la proposition d'accords de paix du Gouvernement
Fédéral. Constatant que la question centrale de la démocratie, la liberté et la justice pour tous n'était pas résolue, les bases de l'EZLN, majoritairement indigènes, ont décidé de rejeter la
ratification de la proposition gouvernementale.
Frères mexicains,
Notre lutte continue. Le drapeau zapatiste flotte toujours dans les montagnes du Sud-Est mexicain et aujourd’hui nous disons :
Nous ne nous rendrons pas !
Tournés vers la montagne, nous avons parlé avec nos morts, afin que leur parole nous désigne le bon chemin, celui que doit emprunter notre visage bâillonné.
Les tambours ont retenti et dans la voix de la terre a parlé notre douleur et notre histoire a parlé.
"Tout pour tous", disent nos morts. Tant qu’il n’en sera pas ainsi il n’y aura rien pour nous.
Dites la parole des autres Mexicains, trouvez le chemin du cœur à l’écoute de ceux pour qui nous luttons, invitez-les à marcher du pas digne de ceux qui n’ont pas de visage. Appelez tout le monde à résister, que personne n’accepte rien de ceux qui commandent en commandant. Que le fait de ne pas se vendre devienne une bannière commune. Demandez qu’on ne se contente pas de paroles d’encouragement devant notre douleur. Demandez qu’on la partage, demandez que l’on résiste avec vous, que l’on rejette toutes les aumônes qui viennent des puissants. Que toutes les bonnes gens qui vivent sur ces terres organisent aujourd’hui la dignité qui résiste et ne se vend pas. Que demain cette dignité s’organise pour exiger que la parole qui est dans le cœur du plus grand nombre soit reconnue et saluée par ceux qui gouvernent. Que s’impose le bon chemin, où celui qui commande commande en obéissant.
Ne vous rendez pas ! Résistez ! Ne faillissez pas à l’honneur de la parole vraie. Résistez avec dignité sur les terres des hommes et des femmes vrais, que les montagnes abritent la douleur des hommes de maïs. Ne vous rendez pas ! Résistez ! Ne vous vendez pas ! Résistez !
C’est ce qu’a dit la parole venant du cœur de nos morts de toujours. Nous avons vu que la parole de nos morts était bonne, nous avons vu qu’il y a vérité et dignité dans leur conseil. C’est pour cela que nous appelons tous nos frères indigènes mexicains à résister avec nous. Nous appelons tous les paysans à résister avec nous, les ouvriers, les employés, les fermiers, les femmes au foyer, les étudiants, les instituteurs, ceux qui font leur vie de la pensée et de la parole, tous ceux qui ont le sens de l’honneur et de la dignité, nous les appelons tous pour qu’ils résistent avec nous, car ce mauvais gouvernement veut qu’il n’y ait pas de démocratie sur notre sol. Nous n’accepterons rien qui vienne du cœur pourri de ce gouvernement mauvais, ni le moindre sou, ni un médicament, ni une pierre, ni un grain de nourriture, ni la moindre miette des aumônes qu’il propose en échange de notre digne cheminement.
Nous ne recevrons rien du suprême gouvernement. Même si notre peine et notre douleur augmentent, même si la mort demeure à notre table, sur notre terre et dans notre lit, même si nous voyons que d’autres se vendent à la main qui les opprime, même si tout fait mal, même si notre peine pleure jusque dans les pierres. Nous n’accepterons rien, nous résisterons. Nous ne recevrons rien du gouvernement, nous résisterons jusqu’à ce que celui qui commande commande en obéissant.
Frères, ne vous vendez pas. Résistez avec nous. Ne vous rendez pas. Résistez avec nous. Répétez avec nous, frères : "Nous ne nous rendons pas ! Nous résistons !" Que cette parole ne s’entende pas seulement dans les montagnes du Sud- Est mexicain, qu’elle s’entende aussi dans le Nord et dans les péninsules, qu’on l’écoute sur les deux côtes, qu’on l’entende dans le centre, qu’elle se fasse cri dans les vallées et dans les montagnes, qu’elle résonne à la ville et à la campagne. Unissez vos voix, frères, criez avec nous, faites vôtre notre voix :
Nous ne nous rendons pas ! Nous résistons !
Que la dignité brise le cercle par lequel les mains sales de ce mauvais gouvernement nous asphyxient. Nous sommes tous cernés, ils ne laissent pas la démocratie, la liberté et la justice pénétrer en terre mexicaine. Frères, nous sommes tous cernés. Ne nous rendons pas ! Résistons ! Soyons dignes ! Ne nous vendons pas !
À quoi serviront au puissant toutes ses richesses s’il ne peut pas acheter ce qu’il y a de plus précieux sur ces terres ? Si la dignité de tous les Mexicains n’a pas de prix, à quoi sert le pouvoir du puissant ?
La dignité ne se rend pas !
La dignité résiste !
Démocratie !
Liberté !
Justice !
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Comité clandestin révolutionnaire indigène Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale
Mexique, juin 1994.
AUJOURD’HUI NOUS DISONS : BASTA !
AU PEUPLE DU MEXIQUE, FRÈRES MEXICAINS,
Nous sommes le produit de cinq cents ans de lutte, d’abord contre l’esclavage, durant la guerre d’Indépendance contre l’Espagne menée par les insurgés, ensuite contre les tentatives d’expansionnisme nord-américain, puis pour promulguer notre Constitution et expulser l’Empire français de notre sol, enfin contre la dictature porfiriste qui refusa une juste application des lois issues de la Réforme. Du peuple insurgé formant ses propres chefs surgirent Villa et Zapata, des pauvres comme nous, à qui on a toujours refusé la moindre formation, destinés que nous étions à servir de chair à canon, afin que les oppresseurs puissent piller impunément les richesses de notre patrie, sans qu’il leur importe le moins du monde que nous mourions de faim et de maladies curables ; sans qu’il leur importe que nous n’ayons rien, absolument rien, ni un toit digne de ce nom, ni terre, ni travail, ni soins, ni ressources alimentaires, ni instruction, n’ayant aucun droit à élire librement et démocratiquement nos propres autorités, sans indépendance aucune vis-à-vis de l’étranger, sans paix ni justice pour nous et nos enfants.
Mais nous, AUJOURD’HUI, NOUS DISONS : BASTA ! Nous, les millions de dépossédés, héritiers des véritables fondateurs de notre nationalité, nous appelons tous nos frères à suivre cet appel, seule possibilité pour ne pas mourir de faim devant l’ambition insatiable d’une dictature vieille de soixante-dix ans, dirigée par une bande de traîtres qui représentent les groupes les plus conservateurs, les bradeurs de la patrie. Ce sont les mêmes que ceux qui se sont opposés à Hidalgo et à Morelos, qui ont trahi Vicente Guerrero, les mêmes qui ont vendu plus de la moitié de notre sol à l’envahisseur étranger, qui ont amené un prince européen pour nous gouverner, les mêmes encore qui ont formé la dictature des scientifiques porfïristes, qui se sont opposés à l’expropriation des compagnies pétrolières, qui ont massacré les cheminots en 1958 et les étudiants en 1968, les mêmes enfin qui, aujourd’hui, nous prennent tout, absolument tout.
Pour éviter cela et en désespoir de cause, après avoir tout tenté pour que soit réellement pratiquée la légalité de la Carta Magna, notre Constitution, nous faisons appel à elle pour en faire appliquer l’article 39, qui dit textuellement :
"La souveraineté nationale réside essentiellement et originellement dans le peuple. Tout pouvoir public émane du peuple et s’institue à son profit. Le peuple a, en tout temps, le droit inaliénable de modifier la forme de son gouvernement ou d’en changer."
Par conséquent, fidèle à notre Constitution, nous adressons la présente DÉCLARATION DE GUERRE à l’armée fédérale mexicaine, principal pilier de la dictature que nous subissons, monopolisée par le parti au pouvoir et dirigée par l’exécutif fédéral aux mains de son chef suprême et illégitime, Carlos Salinas de Gortari.
Conformément à cette déclaration de guerre, nous demandons aux autres forces de la nation de s’engager à restaurer la légalité et la stabilité de la nation en déposant le dictateur.
Nous demandons également aux organismes internationaux et à la Croix-Rouge internationale de veiller à la régularité des combats que livrent nos forces, en protégeant la population civile, car
nous déclarons solennellement que nous respectons et nous engageons à toujours respecter les règles de la Convention de Genève, et constituons l’EZLN comme force belligérante de notre lutte de
libération. Nous avons le soutien du peuple mexicain, nous avons une patrie et le drapeau tricolore est aimé et respecté des combattants INSURGÉS. Nous avons adopté pour nos
uniformes le rouge et le noir, couleurs symbolisant la lutte des travailleurs en grève, et sur notre drapeau, qui nous accompagnera toujours au combat, figurent les lettres "EZLN":
EJÉRCITO ZAPATISTA DE LIBERACIÓN NACIONAL.
Nous condamnons d’avance toute tentative de discréditer notre juste cause en l’accusant de narco-trafic ou narco-guérilla, de banditisme et autres qualificatifs que pourraient employer nos ennemis. Notre lutte s’appuie sur le droit constitutionnel et porte l’étendard de la justice et de l’égalité. Ainsi, conformément à cette déclaration de guerre, nous donnons aux forces militaires de l’Armée zapatiste de libération nationale les consignes suivantes :
PEUPLE DU MEXIQUE, nous, hommes et femmes libres et intègres, sommes conscients que la guerre que nous avons déclarée est une mesure ultime mais juste. Les dictateurs pratiquent une guerre génocide larvée contre nos peuples depuis de nombreuses années. C’est pour cela que nous te demandons ta participation active en soutenant ce projet du peuple mexicain en lutte pour le travail, pour la terre, le logement, l’alimentation, la santé, l’instruction, l’indépendance, la liberté, la démocratie, la justice et la paix. Nous déclarons que nous ne cesserons pas le combat avant l’entière satisfaction de ces exigences fondamentales de notre peuple et la formation d’un gouvernement libre et démocratique de notre pays.
DE L’ARMÉE ZAPATISTEDE LIBÉRATION NATIONALE !
Commandement général de l’EZLN
An 1993 - forêt Lacandone, Chiapas, Mexique.
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