Deuxième Déclaration de la forêt Lacandone

Publié le par Soldat Zapatiste Aka

Armée zapatiste de libération nationale

Mexique.

Deuxième déclaration de la forêt de Lancadone

Aujourd'hui nous disons : "Nous ne nous rendrons pas !".

"... Il n'y a pas que ceux qui portent l'épée, qui font couler le sang et projettent des éclairs fugaces de gloire militaire qui sont voués à désigner le personel du gouvernement d'un peuple qui veut se démocratiser ; ce droit appartient aussi aux citoyens qui ont lutté dans la presse et à la tribune, qui se sont identifiés aux idéaux de la Révolution et on combattu le despotisme qui violent nos lois ; parce que ce n'est pas seulement en tirant des projectiles sur les champs de bataille que l'on balaie les tyrannies ; c'est aussi en lançant des idées rédemptrices, des phrases de libertés et des anathèmes terribles sur les bourreaux du peuple que s'effondrent les dictatures, que s'effondrent les empires (...) et si les faits historiques nous démontrent que la destruction de toute tyrannie, que le renversement de tout mauvais gouvernement est l'oeuvre conjointe de l'idée et de l'épée, c'est une abberation, c'est un despotisme inouï que de vouloir faire une ségrégation entre les éléments sains pleinements conscient de leurs droits, que ce soit les civils ou des personnes accidentalement armées, mais qui aiment la liberté et la justice et oeuvrent pour le bien de la Patrie".

Emiliano Zapata par la voix de Paulino Martinez

Aux peuple du Mexique

Aux gouvernement du monde

Frères :

L'armée zapatiste de libération nationale, sur le pied de guerre contre le mauvais gouvernement depuis le 1er janvier 1994, s'adresse à vous pour vous faire connaitre sa pensée :

I

Frères mexicains

En décembre 1993, nous avons dit, "CA SUFFIT". Le 1er janvier 1994, nous avons appelés les Pouvoirs législatif et executif à assumer leurs responsabilité constitutionnelle, afin d'empécher la politique génocide que le Pouvoir fédéral impose à notre peuple, et nous nous reposions alors sur notre droit constitutionnel à appliquer l'article 39 de la constitution politique des Etats-Unis du Mexique:

"La souveraineté nationale réside essentiellement et originellement dans le peuple. Tout pouvoir publique émane du peuple et ne s'institue qu'au profit de celui-ci. Le peuple possède, de tout temps, le droit inaliénable de transformer ou de modifier la forme de son gouvernement"

A cet appel, il a été répondu par la politique de l'extermination et du mensonge, les pouvoirs de l'Union ont ignoré notre juste revendication et permis le massacre. Mais ce cauchemar n'a duré que douze jours puisqu'une autre force, supérieure à tout pouvoir politique, s'est imposée aux parties en conflit. La Société civile a assumé le devoir de préserver notre Patrie, elle a manifesté son désaccord avec le massacre et a forcé au dialogue : nous avons tous compris que les jours de l'éternel parti au pouvoir, qui recèle à son bénéfice le produit du travail de tous les Mexicains, ne pouvait encore se prolonger; que le présidentialisme sur lequel il repose empêche la liberté et ne doit pas être autorisé, que la culture de la fraude est la méthode par laquelle il s'impose et empêche toute démocratie, que la justice n'existe que pour les corrompus et les puissants, qu'il nous faut faire en sorte que celui qui commande le fasse en obéissant, qu'il n'y a pas d'autre chemin.

Cela tout les Mexicains honnêtes et de bonne foi, la Société civile, l'ont compris; seuls s'y opposent ceux qui ont fondé leur succès sur le pillage du Trésor public, ceux qui protègent en prostituant la justice, les trafiquants et les assassins, ceux qui usent de l'assassinat politique et de la fraude électorale pour s'imposer.

Seuls, ces fossiles politiques prévoient à nouveau de faire machine arrière dans l'histoire Mexicaine et d'effacer de la concience nationale le cri que tout le pays a repris à son compte depuis le 1er janvier 1994: CA SUFFIT!

Mais nous ne laisserons pas faire. Aujourd'hui, nous n'en appelons pas aux pouvoirs déchus de l'Union, qui n'ont pas su accomplir leur devoir constitutionnel, et ont laissé l'éxecutif fédéral les contrôler. Si cette Législature et les magistrats ont manqué, d'autres viendront qui comprendront qu'ils doivent servir leur peuple et pas un individu; notre appel dépasse le sextennat ou l'élection présidentielle qui approche. C'est en la société civile que réside notre souveraineté, c'est le peuple qui peut à tout moment altérer ou modifier notre forme de gouvernement et il l'a déjà assumé. C'est à lui que nous lançons un appel dans cette :

Deuxième Déclaration de la Jungle Lancadone

Pour lui dire :

  • Premièrement : Nous avons mené nos actions belliqueuses sans manquement à l'observation des conventions sur la guerre établies à niveau mondial ; cela nous a valu une reconnaissance tacite au niveau national et à l'étranger comme force bélligérante. Nous continuerons d'observer lesdites conventions.
  • Deuxièmement : Nous ordonnons à nos forces régulières et irrégulières sur tout le territoire national et à l'étranger la PROLONGATION UNILATERALE DU CESSEZ-LE-FEU OFENSIF. Nous maintiendrons le respect du cessez-le-feu POUR PERMETTRE A LA SOCIETE CIVILE DE S'ORGANISER SOUS LES FORMES QU'ELLE JUGERA PERTINENTES POUR PARVENIR A UNE TRANSITION DEMOCRATIQUE DANS NOTRE PAYS.
  • Troisièment : Nous condamnons la menace excercée sur la société civile par la militarisation du pays, avec du personnel et des équipements modernes de répression, à la veille du déroulement des élections fédérales. Il ne fait aucun doute que le gouvernement saliniste compte s'imposer par la fraude. NOUS NE LE PERMETTRONS PAS
  • Quatrièment : Nous proposons à tout les partis politiques indépendants de reconnaître dés à présent l'état d'intimidation et de privation de droits politiques dont a souffert notre peuple au cours des soixante-cinq dernières années et de se déclarer prêt à assumer la composition d'un gouvernement de transition politique vers la démocratie.
  • Cinquièmement : Nous dénonçons la manipulation et la tentative de dissociation de nos justes revendications de celles du peuple mexicain. Nous sommes mexicains et nous ne déposerons ni nos revendications ni nos armes si l'on ne se résout pas à la démocratie, la liberté et la justice pour tous.
  • Sixièmement :Nous réaffirmons notre disposition à une solution politique pour la transition du Mexique vers la démocratie. Nous appelons la Société civile à reprendre le rôle de premier plan qu'elle a joué pour mettre un terme à la phase militaire de la guerre, et à s'organiser pour conduire l'effort pacifique vers la Démocratie, la Liberté et la Justice. Le changement démocratique est la seule alternative à la guerre.
  • Septièmement : Nous appelons les éléments honnêtes de la Société civile à un Dialogue pour la Démocratie, la Liberté et la Justice pour tous les mexicains.
II

Frères mexicains

Une fois la guerre lancée, en janvier 1994, le cri organisé du peuple mexicain a interrompu l'affrontement et l'on a appelé les parties adverses au dialogue. Aux justes revendications de l'EZLN, le Gouvernement fédéral a répondu par une série de propositions qui ne touchaient pas à l'essentiel du problème : l'absence de justice, de liberté et de démocratie sur les terres mexicaines.

La limite du respect des propositions du Gouvernement fédéral aux revendications de l'EZLN est celle que se fixe lui-même le système du parti au pouvoir. Ce système est celui qui a rendu possible le fait que dans les campagnes mexicaines subsiste et se superpose au pouvoir constitutionel dont les racines permettent le maintien du parti en place. C'est ce système de complicité qui rend possibles l'existence et la béligérance de féodalités, l'omnipotence des éleveurs et des commercants et la pénétration du trafic de drogues...La simple énonciation des propositions pour une paix digne au Chiapas a provoqué de grands remous, et le défi de déclaré de ces secteurs. Le système politique à parti unique tente de manoeuvrer dans l'horizon étroit que lui impose son existence en tant que tel : il ne peut s'empêcher de toucher à ces secteurs sans attenter à lui-même et il ne peut laisser les choses en l'état sans voir croître le bellicisme des paysans et des Indigènes. En définitive : l'application des propositions implique, nécessairement la mort de l'actuel système du parti-Etat. Que ce soit par suicide ou fusillade, la mort du système politique mexicain actuel est une condition nécessaire, quoique pas suffisante, à la transition démocratique dans notre pays. Le Chiapas ne connaîtra pas de réelle solution sans solution pour le Mexique.

L'EZLN a compris que le problème de la pauvreté mexicaine n'est pas le seul manque de ressources. Plus encore son apport fondamental est de comprendre et d'établir que tout effort, dans un sens ou dans tout les sens ne fera que repousser le problème si ces efforts ne se font pas dans un cadre nouveau de relations politiques nationales, régionales et locales : un cadre de Démocratie, Liberté et Justice. Le problème ne constistera pas à savoir qui est titulaire du pouvoir mais qui l'exerce. Si le pouvoir est exercé par la majorité, les partis politiques se verront forcés à se confronter à cette majorité et pas entre eux.

Reposer le problème du pouvoir dans ce cadre de Démocratie, de Liberté et de Justice obligera à l'émergence d'une nouvelle culture politique au sein des partis. Une nouvelle classe de politicien devra naître, et sans aucun doute, des partis politiques d'un nouveau genre également.

Nous ne proposons pas un monde nouveau, tout juste une étape bien antérieure : l'antichambre du nouveau Mexique. En ce sens cette révolution n'aboutira pas à une nouvelle classe, à un fragment de classe ou à un nouveau groupe au pouvoir mais à un "espace" libre et démocratique de lutte politique. Cet "espace" libre et démocratique naîtra sur le cadavre malodorant du système de parti-état et de présidentialisme. Un nouveau rapport politique naîtra. Une nouvelle politique dont la base ne sera pas une confrontation entre organisations politiques, mais la confrontation de leurs propositions politiques avec les différentes classes sociales, car c'est du soutien REEL de celles-ci que dépendra la détention du pouvoir politique, pas son exercice. Dans cette nouvelle relation politique, les différentes proposition de système et d'orientation (socialisme, capitalisme, social-démocratie, libéralisme, démocratie chrétienne etc...) devront convaincre la majorité de la nation que leur programme est le meilleur pour le pays. Mais pas seulement cela, ils se sauront également "surveillés" par ce pays qu'ils conduiront de manière à être obligés à rendre des comptes réguliers, et dépendront du bon vouloir de la nation concernant leur permanence au pouvoir ou leur remplacement. Le plébiscite est une forme réglée de confrontation Pouvoir-Parti politique-Nation et mérite une place significative dans la Loi suprême du pays.

La législation mexicaine actuelle est trop étroite pour ces nouveaux rapports politiques entre gouvernants et gouvernés. Il faut une CONVENTION NATIONALE DEMOCRATIQUE dont émanera un GOUVERNEMENT PROVISOIRE ou de TRANSITION que ce soit par démission de l'exécutif fédéral ou par voie électorale.

LA CONVENTION NATIONALE DEMOCRATIQUE ET LE GOUVERNEMENT DE TRANSITION doivent déboucher sur une nouvelle Carta Magna dans le cadre de laquelles seront organisées de nouvelles élections. Les souffrances qu'un tel processus signifiera pour le pays seront toujours moindres comparées au tort que causerait une guerre civile. La prophétie du Sud-Est vaut pour tout le pays, nous pouvons déjà tirer les enseignements de ce qui s'est passé et rendre moins douloureux l'accouchement du nouveau Mexique.

L'EZLN a une idée d'un système et d'une direction pour le pays. La maturité politique de l'EZLN, sa majorité d'âge en tant que représentant du sentiment d'une partie de la Nation, réside dans le fait de ne pas vouloir imposer sa conception au pays. L'EZLN réclame ce qui est évident pour elle même : la majorité d'âge du Mexique et le droit de décider, librement et démocratiquement, du cap à suivre. De cette antichambre historique, ne sortira pas seulement un Mexique plus juste et meilleur, mais aussi un Mexicain nouveau. Sur cela nous misons notre vie : faire hériter les Mexicains d'après-demain d'un pays où l'on n'ai pas honte de vivre...

L'EZLN, dans un exercice démocratique sans précédent au sein d'une organisation armée, a consulté ses membres sur la signature ou le rejet de la proposition d'accords de paix du Gouvernement Fédéral. Constatant que la question centrale de la démocratie, la liberté et la justice pour tous n'était pas résolue, les bases de l'EZLN, majoritairement indigènes, ont décidé de rejeter la ratification de la proposition gouvernementale.

Soumis à un siège et à des pressions d'origines diverses nous menaçant d'extermination en cas de non-signature de la paix, nous, Zapatistes, réaffirmons notre décision d'obtenir une paix juste et digne et à y consacrer nos vies et nos morts. En nous, à nouveau, l'histoire de la digne lutte de nos ancêtres trouve sa place. Le cri de Dignité de l'insurgé Vicente Guerrero, "Vivre pour la Patrie ou mourir pour la Liberté", résonne à nouveau dans nos gorges. nous ne pouvons accepter une paix indigne.

Notre chemin de feu s'est ouvert devant l'impossiblité de lutter pacifiquement pour les droits élémentaires de l'être humain. Le plus cher d'entre eux et le droit de choisir, dans la Liberté et la Démocratie, la forme du gouvernement. A présent, la possibilité d'une transition pacifique vers la Démocratie et la Liberté rencontre une nouvelle épreuve : le processus électoral d'août 1994. Certains, immobiles, misent sur la période post-électorale et prêchent l'aphatie et le désabusement. Ils prétendent tirer profit du sang de ceux tombés au front de tous les combats, violents et pacifiques, à la ville et à la campagne. Ils fondent leur projet politique sur le conflit postérieur aux élections et attendent, sans rien entreprendre, que la démobilisation politique ouvre à nouveau la porte gigantesque de la guerre. Ce sont eux, disent-ils, qui sauveront le pays.

D'autres parient dès à présent que le conflit armé reprendra avant les élections et comptent profiter de l'ingouvernabilité pour se perpétuer au pouvoir. Comme ils l'ont fait hier en usurpant la volonté populaire par la fraude électorale, aujourd'hui et demain dans le tourbillon d'une guerre civile pré-électorale, ils comptent entretenir l'agonie d'une dictature qui, sous le masque du parti-Etat, dure déjà depuis des décennies. D'autres encore, apocalyptiques stériles, pensent que la guerre est d'ores et déjà inévitable, et s'assoient en attendant de voir passer le cadavre de leur ennemi...ou de leur ami. Le sectaire pense, à tort, que le seul son du fusil amènera le jour que notre peuple attend depuis que la nuit est tombée, avec la mort de Villa et Zapata, sur le sol du Mexique.

Tous ces voleurs de l'espoir que derrière nos armes se cachent l'ambition et une volonté de jouer les premiers rôles, et que cela déterminera notre action dans lefutur. Derrière nos armes à feu, il y a d'autres armes, celle de la raison. Et toutes sont animées par l'espoir. Nous ne nous en laisseront pas priver.

L'espoir armé a connu son heure au début de l'année. Il est à présent nécessaire qu'il attende. Il faut que l'espoir qui anime les grandes mobilisations reprenne la premièrte place, qui lui revient en droit et en raison. Le drapeau est à présent entre les mains de ceux qui ont un visage, d'honnêtes et bonnes gens qui empruntent des voies qui ne sont pas les nôtres, mais dont la destination est la même que celle qui guide nos pas. Nous saluons ces hommes et ces femmes, nous saluons et faisons le voeu qu'ils portent ce drapeau à l'endroit où il doit être. Nous attendrons debout et dignement. Si ce drapeau tombe, nous saurons le relever...

Que l'espoir s'organise, qu'il aille maintenant dans les vallées et les villes comme il est allé hier dans les montagnes. Battez-vous avec vos armes, ne vous occupez pas de nous. Nous saurons résister jusqu'au dernier. Nous saurons attendre...et saurons revenir si toutes les portes se ferment à nouveau, pour que la dignité poursuive son chemin.

C'est pourquoi nous nous adressons à nos frères des Organisations non gouvernementales, des Organistaions paysannes et indigènes, aux travailleurs de la campagne et de la ville, aux enseignants et aux étudiants, aux femmes au foyer et aux habitants des quartiers populaires, aux artistes et aux intellectuels, aux partis indépendants du Mexique :

Nous appelons à un dialogue national sur le thème de la Démocratie, la Liberté et la Justice que mérite notre Patrie, et considérant:
  • Premièrement: Que le gouvernement suprême a usurpé jusqu'à la légalité que nous avaient léguée les héros de la Révolution Mexicaine.
  • Deuxièmement : Que la Carta Magna qui nous dirige n'est plus le reflet de la volonté populaire des Mexicains
  • Troisièmement : Que le départ de l'usurpateur de l'exécutif fédéral ne suffit pas et qu'il faut une nouvelle loi à notre nouvelle Patrie, celle qui devra naître de la lutte de tout les mexicains honnêtes.
  • Quatrièmement : Que toutes les formes de lutte sont nécessaires pour parvenir à une transition démocratique au Mexique.
Nous appelons à la réalisation d'une Convention Démocratique nationale, souveraine et révolutionnaire, d'où sortiront les propositions d'un gouvernement de transition et une nouvelle Loi nationale, une nouvelle Constitution qui garantisse le respect réel de la volonté populaire.L'objectif fondamental de la Convention Nationale Démocratique est d'organiser l'expression civile et la défense de la volonté populaire.

La Convention révolutionnaire souveraine sera nationale, puisque sa composition et ses représentants devront inclure tous les états de la fédération, plurielle en ce sens que les forces patriotes pourront y être représentées et démocratiques dans la prise de décision par le recours à la consultation nationale. La convention sera présidée, de façon libre et volontaire, par des civils, personalités publiques au prestige reconnu, quels que soient leur appartenance politique, leur race, leur religion, leur sexe ou leur age.

La convention se formera à travers des comités locaux, régionaux et d'Etat dans les ejidos, les quartiers, les écoles et les usines par des civils. Ces comités de la convention se chargeront de recueillir les propositions populaires pour la nouvelle Loi constitutionnelle et les missions du nouveau gouvernement qui en émanera. La convention doit exiger la tenue d'élections libres démocratiques, et lutter sans relâche pour le respect de la volonté populaire. L'armée zapatiste de libération nationale reconnaîtra la Convention démocratique nationale comme authentique représentante des intérêts du peuple mexicain dans sa transition vers la Démocratie.

L'armée zapatiste de libération nationale se trouve déjà sur tout le territoire national, et est en mesure de se proposer au peuple du Mexique comme armée garante du respect populaire.

Pour la première réunion de la Convention nationale démocratique, l'EZLN propose un village zapatiste et tout les moyens dont elle dispose. La date et le lieu de la première session de la Convention nationale démocratique seront communiqués en temps voulu.

III


Frères mexicains,

Notre lutte continue. Le drapeau zapatiste flotte toujours dans les montagnes du Sud-Est mexicain et aujourd’hui nous disons :

Nous ne nous rendrons pas !

Tournés vers la montagne, nous avons parlé avec nos morts, afin que leur parole nous désigne le bon chemin, celui que doit emprunter notre visage bâillonné.

Les tambours ont retenti et dans la voix de la terre a parlé notre douleur et notre histoire a parlé.

"Tout pour tous", disent nos morts. Tant qu’il n’en sera pas ainsi il n’y aura rien pour nous.

Dites la parole des autres Mexicains, trouvez le chemin du cœur à l’écoute de ceux pour qui nous luttons, invitez-les à marcher du pas digne de ceux qui n’ont pas de visage. Appelez tout le monde à résister, que personne n’accepte rien de ceux qui commandent en commandant. Que le fait de ne pas se vendre devienne une bannière commune. Demandez qu’on ne se contente pas de paroles d’encouragement devant notre douleur. Demandez qu’on la partage, demandez que l’on résiste avec vous, que l’on rejette toutes les aumônes qui viennent des puissants. Que toutes les bonnes gens qui vivent sur ces terres organisent aujourd’hui la dignité qui résiste et ne se vend pas. Que demain cette dignité s’organise pour exiger que la parole qui est dans le cœur du plus grand nombre soit reconnue et saluée par ceux qui gouvernent. Que s’impose le bon chemin, où celui qui commande commande en obéissant.

Ne vous rendez pas ! Résistez ! Ne faillissez pas à l’honneur de la parole vraie. Résistez avec dignité sur les terres des hommes et des femmes vrais, que les montagnes abritent la douleur des hommes de maïs. Ne vous rendez pas ! Résistez ! Ne vous vendez pas ! Résistez !

C’est ce qu’a dit la parole venant du cœur de nos morts de toujours. Nous avons vu que la parole de nos morts était bonne, nous avons vu qu’il y a vérité et dignité dans leur conseil. C’est pour cela que nous appelons tous nos frères indigènes mexicains à résister avec nous. Nous appelons tous les paysans à résister avec nous, les ouvriers, les employés, les fermiers, les femmes au foyer, les étudiants, les instituteurs, ceux qui font leur vie de la pensée et de la parole, tous ceux qui ont le sens de l’honneur et de la dignité, nous les appelons tous pour qu’ils résistent avec nous, car ce mauvais gouvernement veut qu’il n’y ait pas de démocratie sur notre sol. Nous n’accepterons rien qui vienne du cœur pourri de ce gouvernement mauvais, ni le moindre sou, ni un médicament, ni une pierre, ni un grain de nourriture, ni la moindre miette des aumônes qu’il propose en échange de notre digne cheminement.

Nous ne recevrons rien du suprême gouvernement. Même si notre peine et notre douleur augmentent, même si la mort demeure à notre table, sur notre terre et dans notre lit, même si nous voyons que d’autres se vendent à la main qui les opprime, même si tout fait mal, même si notre peine pleure jusque dans les pierres. Nous n’accepterons rien, nous résisterons. Nous ne recevrons rien du gouvernement, nous résisterons jusqu’à ce que celui qui commande commande en obéissant.

Frères, ne vous vendez pas. Résistez avec nous. Ne vous rendez pas. Résistez avec nous. Répétez avec nous, frères : "Nous ne nous rendons pas ! Nous résistons !" Que cette parole ne s’entende pas seulement dans les montagnes du Sud- Est mexicain, qu’elle s’entende aussi dans le Nord et dans les péninsules, qu’on l’écoute sur les deux côtes, qu’on l’entende dans le centre, qu’elle se fasse cri dans les vallées et dans les montagnes, qu’elle résonne à la ville et à la campagne. Unissez vos voix, frères, criez avec nous, faites vôtre notre voix :

Nous ne nous rendons pas ! Nous résistons !

Que la dignité brise le cercle par lequel les mains sales de ce mauvais gouvernement nous asphyxient. Nous sommes tous cernés, ils ne laissent pas la démocratie, la liberté et la justice pénétrer en terre mexicaine. Frères, nous sommes tous cernés. Ne nous rendons pas ! Résistons ! Soyons dignes ! Ne nous vendons pas !

À quoi serviront au puissant toutes ses richesses s’il ne peut pas acheter ce qu’il y a de plus précieux sur ces terres ? Si la dignité de tous les Mexicains n’a pas de prix, à quoi sert le pouvoir du puissant ?

La dignité ne se rend pas !

La dignité résiste !

Démocratie !
Liberté !
Justice !


Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Comité clandestin révolutionnaire indigène Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale
Mexique, juin 1994.

  Source: Ya Basta - Tome 1

Publié dans Les Textes Fondateurs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article